Joonas Kokkonen, pédagogue et compositeur reconnu en son temps, est avant tout un continuateur discret et inventif de Sibelius, conscient que le renouvellement musical finnois devait passer par l’introduction des techniques dites d’avant-garde. Soucieux de placer son oeuvre, essentiellement symphonique, sous le double signe de la tradition et de la modernité, Kokkonen créa un monde de son (Opus sonorum) austère, mais lumineux et parfois très émouvant. Néanmoins, ses deux premières symphonies ne donnent pas un aperçu complet de son talent.
David Aaron Carpenter est un talentueux altiste de 23 ans qui sait déjà ce qu’il veut, et plus encore ce qu’il vaut. Alliage d’engagement et de prétention, ce disque couplant le mémorable Concerto pour alto de Schnittke à une transcription « officielle », agréée par le compositeur, du Concerto pour violoncelle d’Elgar, suscite autant d’admiration que d’agacement devant un phénomène aussi virtuose en musique qu’en publicité.
Comme ses compatriotes Lindberg, Saariaho ou Salonen, Kimmo Hakola a étudié à la Sibelius Akademie d’Helsinki, où il fut l’élève de Rautavaara. Sa musique ne ressemble ni à celle des contemplatifs du grand Nord, ni à celle des tenants du spectralisme, et demeure à l’écart de tout dogme ou système, bien qu’elle emprunte occasionnellement à tous, à différents folklores comme au jazz. Qu’on adhère ou non à son langage, il est certain que la musique de Kimmo Hakola fait à première écoute forte impression, comme le ferait une éruption magmatique contemplée du pied d’un volcan.
La mort du chef d’orchestre Hans von Bülow avait été pour Mahler l’occasion de trouver en la « Résurrection » la clé d’aboutissement de sa Symphonie n°2. S’agirait-il en conséquence d’une œuvre qui, issue de l’ombre, progresse vers la lumière ? Et bien certainement pas, du moins si l’on en croît Christoph Eschenbach…
Ondine publie l’intégrale des huit symphonies de Eino Rautavaara : un corpus inégal, d’un intérêt parfois décevant, mais qui pourra séduire ceux que la musique « contemporaine » rebute excessivement. Nous sommes là en effet en plein romantisme - esthétique défendue avec un panache variable par le compositeur.
La musique de Josef Suk a encore aujourd’hui peu d’audience et une faible réputation. Ce disque, très correct sur le plan artistique, est peut-être une occasion de la découvrir, au travers d’une de ses oeuvres les plus inspirées, la symphonie « Asraël », sombre et passionnée, pleine d’échos de Dvorak, de Bruckner et de Mahler.
Contrairement à beaucoup de compositeurs contemporains, Magnus Lindberg a quelque chose à dire, sans qu’il soit nécessaire de s’en expliquer cent fois afin d’accéder à sa musique, qui parle d’elle-même, parce qu’elle s’adresse à la sensibilité de l’auditeur et pas uniquement à son intellect, mélangeant avec bonheur tous les procédés compositionnels imaginés au vingtième siècle, dans une synthèse brillante, révélatrice d’une connaissance profonde du métier et de ses prédécesseurs. Les trois créations au disque réunies sur ce cd tracent un portrait flatteur et intriguant, d’une séduction presque immédiate.
Leif Segerstam conclut son dernier cycle des symphonies de Sibelius avec un Kullervo inattendu, violent, poétique et touchant. Une véritable réussite technique et vocale, avec en prime un chœur d’hommes YL dans une forme olympique. Il fallait bien cela après deux années qui auront vu la parution, ou la réédition, successive des interprétations de Vänskä, Rasilainen, Colin Davis et Spano. Autant de versions qui viennent combler un vide un peu gênant dans la discographie vaste et variée de l’œuvre symphonique de Sibelius. Cette symphonie n°0, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’avait pour l’heure guère suscité l’envie. Alors, s’agit-il d’un diamant noir ou d’une tentative ratée ? Á entendre les cordes du Philharmonique d’Helsinki déposer une mince couche de givre sur les parois gelées des lacs finlandais, on penchera beaucoup plus pour la première hypothèse.
Les mauvaises critiques gratuites peuvent faire rire mais sont souvent vaines. Il serait très aisé de rejeter le dernier opus de Christophe Eschenbach à la tête de son orchestre de Philadelphie, un sourire narquois aux lèvres et une pointe de dédain dans les yeux. Aussi, afin de tempérer nos propos, avons-nous sagement laissé de côté nos versions de référence (Mrawinski, Svetlanov, Muti, Bernstein et quelques autres) afin d’écouter pleinement ce que Christoph Eschenbach avait à nous dire. L’expérience fut intéressante, mais néanmoins, cette lecture édénique et vaporeuse du chef-d’œuvre de la musique symphonique russe du XIXe siècle est loin d’être concluante. Avec pour appuyer ce propos, un premier mouvement pris totalement à contresens.
Christoph Eschenbach a été l’objet de nombreuses parutions discographiques cette année, issues de son contrat avec Ondine, et il faut bien le dire, à l’aboutissement artistique assez inégal. Cette cinquième symphonie de Chostakovitch captée en public en constitue cependant l’une des réussites indéniables ; d’autant que le couplage, qui permet de découvrir un chef d’œuvre chambriste bouleversant, les Sept romances de 1967, est mieux que bienvenu.