Après un magnifique disque consacré à Guilmant, Joris Verdin remet les couverts avec les quatre premières symphonies de Widor. Et c’est un enchantement : jamais Widor n’a été rendu au disque avec tant de netteté, de douceur et de chaleur, et jamais l’on n’a ressenti à ce degré le caractère féerique de ces œuvres. Que tous les contempteurs de la musique d’orgue oublient leurs préjugés, ce coffret est l’occasion ou jamais de les réconcilier avec l’instrument.
Nicolas Achten, béni des muses, est un artiste complet qui sait non seulement découvrir des partitions splendides mais aussi s’entourer de musiciens partageant sa fine musicalité pour offrir un double plaisir : la découverte de nouvelles œuvres et la splendeur de l’interprétation. Son précédent dique avait eu le même double effet et son Euridice de Caccini reste dans les mémoires comme un joyau. Ici le compositeur choisi n’est pas totalement inconnu et toutes les pièces enregistrées ne sont pas des premières mondiales. Mais comme ce concert est beau !
On peine à imaginer l’immense popularité dont jouirent en leur temps les chansons de Roland de Lassus ; on parlerait aujourd’hui de « tubes ». Et comme tout tube, ces chansons eurent droit à un intense recyclage - celui qui n’a jamais entendu Besame mucho de Consuelo Velázquez massacré à un doigt par l’accordéoniste de la ligne 1 ou par Spike Jones aura une idée de la diversité des arrangements que connurent ses compositions.
Drôle d’idée, a priori, que de transcrire le célèbre recueil de La Stravaganza pour flûte à bec, tant ces concertos semblent définitivement appeler le violon, son ampleur sonore, ses qualités expressives. Frédéric de Roos a crânement relevé le défi ; il est même allé plus loin encore en réduisant l’orchestre aux dimensions de ces ensembles « da camera » que Vivaldi affectionnait tant.
En 1968, Nikolaus Harnoncourt révélait, dans un disque devenu légendaire, le Capriccio stravagante de Farina. On découvrait alors le monde inconnu, étonnant, coloré et hyper expressif des premiers virtuoses de ce tout nouvel instrument, le violon. Onze ans plus tard, Reinhard Goebel prenait sa suite, avec une version virtuose et très opératique de la Sonata La Desperata. Et puis, plus rien, ou du moins pas grand-chose.
Il aura fallu donc attendre plus de quarante ans après sa résurrection, pour voir enfin arriver le premier disque entièrement dévolu à Carlo Farina, grâce à la curiosité des musiciens de l’ensemble Clematis.
Le label Ricercar poursuit sa série de rééditions avec ce double disque, regroupant deux oratorios de Heinrich Schütz : les sept paroles du Christ et une Histoire de la Résurrection du Christ, ainsi qu’une Passion selon Saint-Matthieu de Johann Sebastiani (enregistrements datant à l’origine respectivement de janvier 1998 et avril 1995).
Ricercar poursuit avec ce coffret la réédition de son fonds de catalogue en doubles albums au design soigné. Le programme, cependant, est au fond un peu disparate.
La plus belle sonate de Guilmant enregistrée sur un orgue inconnu mais magnifique et interprétée avec une exceptionnelle intelligence par Joris Verdin : tout est lumineux et limpide, ce n’est plus le Guilmant guerrier et froid que l’on entend trop souvent. Une série de petites pièces qui sont autant de merveilles complètent le programme : une occasion exceptionnelle de (re)découvrir la musique d’un compositeur peu et souvent mal joué.
Plus grand succès de son compositeur, énorme « tube » des années 1780, La Caravane du Caire connut 506 représentations ininterrompues, quarante-cinq ans durant. Considéré comme dépourvu de toute connaissance du contrepoint et pour tel passablement dédaigné par les anciens, Grétry a été assez largement réhabilité par la musicologie moderne, qui voit dans ses œuvres les prémices de la sensibilité romantique. Sans doute est-ce un peu exagéré, même s’il ouvre la porte aux Berton, Méhul et autres compositeurs d’opéras comiques de la génération suivante.
La France connaît durant tout le XVIIIème siècle une efflorescence symphonique sans précédent : on pense que plus de huit cents symphonies y ont été créées entre 1730 et 1789 ! Les organismes de concerts publics ou privés se multiplient, tels le Concert Spirituel ou les Concerts de la Loge Olympique, qui créent avant la Révolution des œuvres de Mozart, Jean Chrétien Bach et Haydn, compositeur symphonique le plus joué en France, nommé membre de l’Institut le 27 décembre 1801.