Farina, un univers révélé

mardi 1er décembre 2009 par Laurent Marty

En 1968, Nikolaus Harnoncourt révélait, dans un disque devenu légendaire, le Capriccio stravagante de Farina. On découvrait alors le monde inconnu, étonnant, coloré et hyper expressif des premiers virtuoses de ce tout nouvel instrument, le violon. Onze ans plus tard, Reinhard Goebel prenait sa suite, avec une version virtuose et très opératique de la Sonata La Desperata. Et puis, plus rien, ou du moins pas grand-chose.

Il aura fallu donc attendre plus de quarante ans après sa résurrection, pour voir enfin arriver le premier disque entièrement dévolu à Carlo Farina, grâce à la curiosité des musiciens de l’ensemble Clematis.

Compositeur à l’existence brève, mal connue, mais assurément très voyageuse, Carlo Farina, né à une date incertaine, aurait été l’élève de Rossi et Buonamente à Mantoue, où il aurait peut-être joué pour Monteverdi. Ce dont on est sûr, en tout cas, c’est qu’il se fait connaître à Dresde comme Konzertmeister d’Heinrich Schütz, et comme auteur de cinq Livres de sonates qui en font l’un des premiers grands compositeurs pour violon. La suite se perd à nouveau dans le brouillard : Cologne, peut-être Bonn, un retour provisoire en Italie et, après un passage à Dantzig, il meurt finalement à Vienne - emporté par la peste disent certains.

Révéler le violon comme instrument de premier plan c’est, à cette époque envahie d’opéra, montrer ses capacités d’imitation, non seulement de la voix humaine mais de tous les sons de la nature - du miaulement du chat à l’aboiement du chien – et, bien sûr, des passions humaines. Pourtant, Farina ne se contente pas de cela et ce disque nous révèle un auteur au style plus introspectif, parfois nostalgique. Opératique, sans doute, mais sans oublier que l’opéra de ce temps est celui, sensible et intériorisé de Monteverdi.

Le choix de confier la basse continue à l’orgue et au virginal, la présence de basses de viole, la couleur du violon de Stéphanie de Failly, la prise de son très chaleureuse, tout concourt à donner à cet enregistrement une teinte mélancolique et intimiste. On retrouve alors dans cette musique des accents rappelant parfois celle de ses contemporains anglais, comme John Jenkins. Confrontée à la version de Goebel, la sonate La Desperata paraît ici moins théâtrale, mais aussi plus fluide, avec un violon plus proche de la voix humaine. Le Capriccio stravagante plein d’humour donne un sérieux coup de vieux à l’enregistrement d’Harnoncourt, bien prudent en comparaison.

Une belle heure de musique à la douce nostalgie très prenante, un répertoire entièrement original très bien interprété. Une vraie belle découverte.

- Carlo Farina (c. 1600-1640), Pièces extraites des Livres de Sonates : Capriccio stravagante (livre II) ; Pavanae (Livre IV) ; Sonata detta la Desperata (Livre IV) ; Canzon detta la Marina (Livre I) ; Sonata detta la Moretta (Livre I) ; Balletto (Livre I) ; Passamezzo (Livre IV° ; Sonata detta la Farina (Livre I)
- Ensemble Clematis : Stéphanie de Failly, violon I ; Girolamo Bottiglieri, violon II et alto ; Andrea de Carlo, Hernàn Cuadrado et Jérôme Lejeune, basses de viole ; Eric Mathot, contrebasse ; Thomas Dunfort, théorbe et guitare
- Leonardo García-Alarcón, orgue, virginal et direction
- 1 Cd Ricercar RIC 285. Enregistré en novembre 2008 à Beaufays



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