Un Freischütz sans grand intérêt
Arthaus publie en dvd une captation de représentations du Freischütz données à l’Opéra de Zurich en 1999. Il existe peu de vidéos de cet opéra, pourtant, malgré quelques éléments intéressants, cet enregistrement ne s’imposera sans doute pas comme une référence.
La production avait été confiée à Ruth Berghaus qui reste fidèle à ce qui a fait sa renommée : décors dépouillés à la plastique intéressante, bien mis en valeur par les éclairages de Jürgen Hoffmann, actualisation de l’action, recours fréquent à une gestuelle particulière. Cependant, on peine à y retrouver une direction d’acteurs fouillée. L’ensemble, faute peut-être d’une notice plus explicite sur les intentions du metteur en scène dans le livret d’accompagnement du dvd, lasse vite et ressemble plutôt à une simple mise en espace.
Musicalement l’exécution avait été placée sous la direction de Nikolaus Harnoncourt dont les affinités avec Weber avaient été mises en lumière par la publication d’un enregistrement studio du Freischütz [1]. L’œuvre y retrouve sa poésie (délicat accompagnement de « Und ob die Wolke », par exemple), et un idéal équilibre entre les scènes de veine plus populaire (débuts des actes I et II) et l’effroi de la scène de la Gorge aux Loups (acte II).
La distribution est inégale, avec au sommet un Peter Seiffert à la voix encore très lyrique, chantant avec une admirable facilité le premier air de Max (« Durch die Wälder »), mais l’acteur est peu convaincant et paraît mal à l’aise sur le plateau. Matti Salminen campe un Kaspar sombre à souhait, à l’autorité indiscutable mais aux vocalises trop approximatives. Le rôle d’Agathe avait été confié à Inga Nielsen qui laisse plutôt le souvenir d’un soprano habitué aux rôles dramatiques, plutôt que d’un grand lyrique. La voix, aux aigus stridents, manque malheureusement par trop de rondeur pour rendre justice aux airs d’Agathe et l’interprète semble peu inspirée, l’ensemble étant chanté de façon trop uniforme. Malin Hartelius est en revanche une Ännchen convaincante, sans reproche, peut-être trop sage, mais elle aurait pu sans aucun doute incarner une belle Agathe. Lázló Polgár chante avec sa noblesse habituelle le rôle de l’ermite. Les seconds rôles sont dans l’ensemble correctement tenus, à l’exception de Werner Gröschel (Kuno) et Volker Vogel (Killian) à l’intonation défaillante et à la voix déjà fatiguée. Enfin, on regrettera le manque d’homogénéité des chœurs.
Carl Maria von Weber (1786-1826), Der Freischütz, opéra romantique en 3 actes, livret de J. F. Kind
Mise en scène, Ruth Berghaus ; décors, Hartmut Meyer ; costumes, Marie-Louise Strandt ; lumières, Jürgen Hoffmann
Ottokar, Cheyne Davidson ; Kuno, Werner Gröschel ; Agathe, Inga Nielsen ; Ännchen, Malin Hartelius ; Kaspar, Matti Salminen ; Max, Peter Seiffert ; ermite, Lázló Polgár ; Kilian, Volker Vogel ; Samiel, Raphael Clamer
Chor des Opernhaus Zürich ; chef de choeur, Ernst Raffelsberger
Orchester des Oper Zürich
Nikolaus Harnoncourt, direction
2 dvd Arthaus Musik 107011
[1] Enregistrement Teldec de 1995.