Un chef très enlevé.

mercredi 11 novembre 2009 par Laurent Marty

Voici un DVD qui vient rappeler qu’il y a pire qu’un metteur en scène qui n’a pas d’idées : c’est le metteur en scène qui en a trop, et pas les bonnes.

Dans le coffret, un texte gloubi-boulga passablement abscons brasse les pires et éculés poncifs traînant autour de l’œuvre et de la vie de Mozart en une lecture bio-psychanalytique pour tenter de prouver, en gros, que Konstanze et le pacha Selim s’aiment, seules les conventions sociales, les différence du culture et de religion les empêchant de vivre leur passion. Tout ça parce que le vilain papa Mozart ne voulait pas que son petit Wolfie épouse la méchante Konstanze Weber. C’est cela, oui…

La traduction en mise en scène n’est pas vraiment à la hauteur des prétentions affichées ; au-delà de quelques attitudes et du modernisme toc des décors, la direction d’acteurs ne brille pas par son originalité. Bref, c’est une farce. Selim, neurasthénique et vaguement psychopathe, roule des yeux fous en se traînant aux genoux d’une Konstanze impassible. Le couple des valets, des acteurs jeunes, vifs et expressifs, tire nettement mieux son épingle du jeu. Kurt Rydl, en roue libre, a l’air de s’être échappé d’une pièce de patronage. Grand bazar sur les costumes où se côtoient pêle-mêle : du moderne très fashion-victim, avec Belmonte en blouson de cuir et chemise ouverte sur poitrail imberbe et Blonde en longue bottes de cuir noir et jupe ras-la-touffe ; de l’orient de carnaval pour Osmin, qui sort d’une soirée costumée sur le bateau de « La Croisière s’amuse » ; et, bien sûr, l’inévitable imper vert-Gestapo de Selim - bien signifier que c’est lui, le méchant, au cas où ses hurlements ne nous auraient pas suffisamment renseignés. Décor de boîte de nuit pour touristes à Istanbul : un canapé en cuir blanc made in Conforama ; un rideau doré en plastique ; une guirlande électrique clignotante et une toile peinte digne d’un chromo colonialiste. Très chic. Exactement le genre de production qui donne envie d’aller vivre au milieu de la forêt dans une cabane en rondins meublée Ikea. Le public rit parfois, poliment. Dans son salon, on trouve cela guère amusant mais assurément très long, le metteur en scène ne nous faisant grâce d’aucun dialogue.

Dommage, car la bande son vaut vraiment le détour, et nous révèle un chef remarquable. Constantin Carydis a l’énergie fine qui convient à cette musique. On sent l’influence de Harnoncourt dans la découpe sèche des phrasés, sans cette brusquerie gratuite et ces partis pris qui dépareillent son enregistrement. Le rythme reste constamment soutenu, le geste est tranchant, toujours léger. Tout cela a beaucoup d’allure, d’autant que l’orchestre est vraiment très bon – après tout, il a été fondé par Szymon Goldberg. La distribution tient bien son rang. Konstanze bien chantante de Laura Aikin, ni très impétueuse, ni particulièrement rayonnante, mais solide. Edgaras Montvidas, Belmonte stylé à l’émission un peu empêtrée, le cède à son valet, Michael Smallwood, au timbre plus libre et mieux projeté. Mojca Erdmann est une très jolie Blonde, vive, spirituelle, sans cette acidité de timbre qu’on a longtemps pris pour du piquant. Kurt Rydl, fort éraillé dans son premier air, se rattrape ensuite vocalement ; Osmin correct, au comique forcé.

Bref, la piste audio occupe un rang mieux qu’honorable dans une discographie pas vraiment surchargée en enregistrements de qualité et pourrait même devenir la version « traditionnelle allégée » attendue par beaucoup. On peut toujours considérer l’image comme un bonus parfaitement dispensable et zapper les interminables dialogues.

- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Entführung aus dem Serail
- Mise en scène, Johan Simons.
- Laura Aikin, Konstanze ; Edgaras Montvidas, Belmonte ; Kurt Rydl, Osmin ; Mojca Erdmann, Blonde ; Michael Smallwood, Pedrillo.
- Chœurs du Nederlandse Opera
- Nederland Kamerorkest
- Constantinos Carydis, direction
- 2 DVD Opus Arte OA 1003 D. Filmé en public à Amsterdam en février 2008



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