Vingt-six Neuvièmes plus tard…
Fabio Luisi enregistre la Symphonie n°9 de Bruckner avec la prestigieuse Staatskapelle de Dresde. Premier souci, ce n’est pas la première Neuvième qui soit arrivée dans les bacs ces dernières années. Second souci, comme la plupart des autres enregistrements récents, cette interprétation n’est pas d’un intérêt congestionnant. Fidèle, professionnel et sans bavure, ce n’est pas hélas le genre de disque qui emporte l’adhésion.
Fabio Luisi, tout récemment nommé à la tête de la célèbre Staatskapelle de Dresde (en 2007) s’attaque d’emblée aux monstres sacrés de la musique germanique – puisqu’il a sous la main l’orchestre de Wagner lui-même, pourquoi s’en priverait-il ? Après deux cd Richard Strauss, c’est à présent au tour de Bruckner et de sa Symphonie n°9. On aura rarement enregistré autant cette symphonie que ces dernières années. Depuis 2006- en comptant les éditeurs asiatiques- nous avons eu Naito , Bosch, Layer, Eschenbach, Lee, Cobra, Rattle, Barenboïm, Belohlavek, Boulez, Bumann, Couton, Dudamel, Gatti, Haitink, Janowski, Jaarvi (Paavo, deux fois), Jingu, Mehta, Nezet-Seguin, Oui, Piehlmayer, Schirmer, Schmitz-Witter, et donc Luisi, soit 26 enregistrements, et ceci sans parler bien entendu des autres symphonies.
Dans un sens on ne peut que se féliciter qu’un compositeur si longtemps tenu dans l’ombre devienne l’objet de véritables records discographiques. Dans un autre, on se demande si tout cela est bien sérieux. Car malgré cette pléthore d’enregistrements, on ne voit pas encore émerger le nouveau grand brucknérien qui serait de la trempe d’un Jochum ou d’un Tintner, sans parler des Furtwängler et autres Solti ou Klemperer. Fabio Luisi s’en tire honorablement par une lecture claire et précise de l’œuvre – ce qui n’est pas aisé compte-tenu de sa complexité – en revanche il n’en restitue pas le caractère épique et, comme c’est devenu la mode, en tait les aspects grandioses. Par les temps qui courent, il est de bon ton de jouer Bruckner comme de la musique de chambre, sans éclat, en évitant la magnificence et la solennité (comme l’a révélé notamment la très décevante interprétation du grand brucknérien qu’est Janowski avec la Suisse Romande). Ici tout semble un peu amolli et ralenti : les attaques manquent de mordant, les crescendos de puissance et le tempo est l’un des plus lents que l’on ait entendu : plus lent que Furtwängler, Solti, Schuricht, Wand, Tintner, Jochum etc. On rêverait d’un chef qui lâche ses cuivres, qui sache imposer des attaques nettes, des contrastes dynamiques clairs : un nouveau Solti en somme, si l’on parle précisément de cette neuvième symphonie. Pas de quoi se pâmer donc et dans cette marée de Symphonies n°9 il vaut mieux aller y voir ailleurs. Du côté de Nicolas Couton par exemple, qui a proposé une vision personnelle et flamboyante de l’œuvre (final en prime) qui ne soit pas une redite ni une neuvième light comme tout ce que l’on entend depuis quelques années.
Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°9
Staatskapelle Dresden
Fabio Luisi, direction
1 cd Sony Classical 88697299642. Enregistré en public au Semperoper de Dresde en 2008