Un creux d’intégrale
Dans une intégrale, il y a toujours des temps morts ! Par ailleurs, l’univers mahlérien par sa grande subjectivité multiplie les difficultés et, à de rares exceptions (Bernstein pour DGG), toute intégrale connaît des baisses de tension. C’est ce qui arrive au brillant David Zinman et à sa Tonhalle de Zurich pour cette Symphonie n°7 survolée émotionnellement à haute altitude. Le parti pris du chef a toujours été de livrer un Mahler « clinique », radiographié dans ses moindres détails et solidement construit, on est loin des Mahler vécus des grands pionniers et des chefs comme Bernstein, Tennstedt, Kondrashine, Svetlanov, Gergiev…
Dès lors, le chef américain et ses musiciens suisses livrent une interprétation techniquement parfaite, dosée et équilibrée dans ses moindres nuances mais passablement réfrigérante et distante. David Zinman fait parler les notes et seulement les notes, dans une optique qui bannit le moindre apport intentionnel ou émotionnel. Seules les deux « musiques de nuit » résistent assez bien à ce traitement par l’attention portée aux moindres inflexions du discours. Au contraire, les premier et troisième mouvements peinent à s’affirmer. Certes ce style mahlérien n’est pas erroné ou à contre sens et possède même de grands défenseurs parmi l’élite des chefs (Boulez, Abbado, Chailly), mais il est permis de penser que le sens du message malhérien, par ses interrogations et ses angoisses se retrouve plus chez d’autres chefs. Les amateurs d’un Mahler chirurgical se reconnaîtront dans ce disque, les autres resteront des fidèles des témoignages de Bernstein (DGG), Kubelik (Audite), Haitink (Philips), Tennstedt (Emi).
La prise de son, comme toutes celles de cette série, est un modèle de fidélité des timbres et de restitution des dynamiques.
Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°7 en ré mineur
Tonhalle-Orchester Zürich
David Zinman, direction
1 SACD RCA 8 86975 06502. Enregistré en septembre 2008 à Zurich