Guilmant en Irlande : La Septième Sonate par Joris Verdin
La plus belle sonate de Guilmant enregistrée sur un orgue inconnu mais magnifique et interprétée avec une exceptionnelle intelligence par Joris Verdin : tout est lumineux et limpide, ce n’est plus le Guilmant guerrier et froid que l’on entend trop souvent. Une série de petites pièces qui sont autant de merveilles complètent le programme : une occasion exceptionnelle de (re)découvrir la musique d’un compositeur peu et souvent mal joué.
Alexandre Guilmant appartient à cette école de grands organistes romantiques qu’a comptée la France à la charnière du XIXème et du XXème siècle : Widor, Vierne, Pierné, Tournemire et bien évidemment César Franck, le pater seraphicus de toute cette école. On a beaucoup dit que Guilmant occupait une place à part sur le plan esthétique, car son style de composition était davantage influencé par le romantisme allemand, ce qui n’est pas exact : la forme sonate à la Beethoven n’a pas grand-chose à voir avec les sonates en 5 ou 6 mouvements de Guilmant. Pour le reste la parenté est très nette entre l’œuvre de Widor, dont il fut le contemporain, et la sienne. La musique de Widor n’ayant pas grand-chose de germanique : ses symphonies construites sur le principe de la suite française et marquées par l’esprit de Franck sont des pendants aux sonates de Guilmant. Dans tous les cas il s’agissait de faire sonner les remarquables et flambant neufs Cavaillé-Coll de la capitale. Ce qui fut fait, avec brio dans un cas comme dans l’autre.
Les sonates pour orgue de Guilmant ont en réalité des dimensions de symphonies pour orgue « à la Widor ». La seule différence notable entre les deux, et c’est aussi ce qui fait la relative faiblesse de Guilmant par rapport à son cadet, c’est l’intérêt porté à la registration : chez Widor les choix de registres (c’est-à-dire de timbres) sont particulièrement bien pensés pour l’instrument et permettent des étagements contrapuntiques d’une exceptionnelle limpidité. Chez Guilmant, ce souci est plus aléatoire, ce qui a eu pour conséquence des enregistrements souvent confus et monolithiques, en particulier dans les parties requérant des effets de masse sur les anches et le plein-jeu. Disons-le tout de suite : ce n’est pas le cas dans cet enregistrement qui met à contribution le magnifique orgue Willis de Dundalk aux sonorités feutrés et lumineuses, lequel est enregistré pour la première fois – on espère que ce ne sera pas la dernière. C’est un instrument de dimension nettement plus modeste que le Cavaillé-Coll de la Trinité, pour lequel Guilmant a composé quasiment toutes ses œuvres, mais qui rend davantage de clarté et qui possède une palette de fonds feutrés, doux et colorés. On appréciera particulièrement les basses de velours dans l’adagio de la sonate et dans les petites pièces qui suivent.
S’il faudrait n’écouter qu’une seule œuvre de Guilmant, ce serait probablement cette superbe sonate n°7 pour orgue de 1902, la plus belle de la série des huit : comme les précédentes elle conserve un caractère guerrier et massif, mais il est ici tempéré par deux éléments de poids : un magnifique scherzo central irradiant de lumière et une qualité d’inspiration thématique dans les mouvements extrêmes que l’on ne retrouve pas dans les autres sonates. Au programme du même disque on trouve une série de pièces de jeunesse au climat doux et à la nostalgie apaisée : l’allegretto Op.19 et la Mélodie Op.46 notamment sont de petites merveilles trop peu jouées. La prise de son de Grégory Beaufays est un miracle de clarté là encore, et quand on sait le défi que représente l’enregistrement d’un orgue, ce n’est pas un vain mot.
Le seul vrai problème de ce disque, et c’est un peu dommage, est l’absence des numéros des pistes avec leurs références : on ne sait pas où finit la sonate, où commence l’allegretto etc. Alors qu’on se le dise : la sonate n°7 compte 6 mouvements, chacune des pièces suivantes compte une seule piste.
Alexandre Guilmant (1837-1911), Sonate pour orgue n°7 ; Allegretto op.19 ; Mélodie op.6 ; Le Cygne ; Impression Grégorienne op.65 ; Stabat Mater Dolorosa* op.65 ; Marche Funèbre et chant séraphique op.17
Ensemble Resurgam/ Mark Duley*
Joris Verdin, orgue Henri Willis & Son de la Cathédrale St. Patrick de Dundalk
1 cd Ricercar RIC267. Enregistré en novembre 2007 à l’église St Patrick de Dundalk