Un Nouvel An aux antipodes
Amis réfractaires au kitsch ringard des cérémonies surannées du Nouvel An viennois, ce DVD vous tend les bras. Ici foin des frères Strauss, des paillettes et des décors rappelant les grandes heures du samedi soir sur la Bayerischer Rundfunk, mais une esthétique solide (celle de la grande salle de São Paulo) et de la musique d’exception : Villa-Lobos, Ginastera, Camargo Guarnieri, Mignon. Rien à rajouter, cela dépayse et cela fait du bien.
John Neschling, dont nous avions salué en ces lieux la performance de son cycle des Choros de Villa-Lobos, a été débarqué avec fracas il y a quelques mois de son poste de directeur de l’Orchestre de São Paulo, sa gestion ayant été mise en cause, notamment celle de l’organisation du concours de piano Villa-Lobos qui lui tenait à cœur. La parution de ce DVD le montrant à la tête de l’orchestre à l’occasion des festivités du Nouvel An vient souligner toute la brutalité de ce changement impromptu, car à en juger par les images et la qualité du spectacle, Neschling n’a pas à rougir de son bilan artistique.
Dans les faits, il y a peu de choses à relever si ce n’est que l’orchestre de São Paulo est tout aussi excellent en direct qu’au disque : le concert s’ouvre sur le Malambo endiablé des Estancias de Ginastera, histoire de montrer qu’en Amérique du Sud, les concerts du Nouvel An ne sont pas réservés à un public d’endormis. La moyenne d’âge du public, bien moins élevée qu’en Europe, est là pour le prouver. Suit une splendide interprétation d’Invierno Porteño extrait des Quatres saisons d’Astor Piazzolla, interprété avec une densité de son exceptionnelle par le violon solo de l’orchestre, Claudio Cruz. Pour clore la partie dite « classique » du programme, Neschling réinterprète le Choros no.10 de Villa-Lobos avec fougue et célérité (l’affaire est emballée en 13 minutes). Cette prise de son en direct confirme l’impression favorable créée par le disque.
Suivent un florilège de pièces plus ou moins courtes laissant la part belle à des musiciens invités, issus pour la plupart du milieu de la musique dite populaire, dont les membres de la Banda Mantiquera, une formation qui associe jazz, improvisation et samba avec beaucoup de détachement. L’orchestre accompagne mais reste en retrait, soulignant particulièrement bien qu’il ne s’agit pas d’un « cross over » inutile, ni d’un dialogue de sourds. C’est qu’au Brésil, la musique dite classique n’a jamais été totalement séparée de la musique dite populaire. Reste le plaisir : plaisir d’entendre la voix parfumée de Mônica Salmaso, plaisir d’assister à un spectacle qui est tout sauf artificiel. A savourer, de préférence sans trop se poser de question...
São Paulo « Samba ».
Mônica Salmaso, Claudio Cruz, Banda Mantiquera.
Orquestra Sinfônica e Coro do Estado de São Paulo.
John Neschling, direction
1 dvd Medici arts DVD 2057348. Enregistré 31 décembre 2008, Sala São Paulo.
Vincent Haegele
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