Ohana, morne plaine
Ce disque qui réunit les deux concertos de Ohana et son poème symphonique T’Harân-Ngô est en réalité une réédition d’un cd Timpani : l’essentiel tient donc dans la nouvelle apparence de la pochette qui n’est ni mieux ni moins bien que la précédente version qui était elle-même sans intérêt particulier.
Pour Harry Halbreich, qui a rédigé le livret et qui ne ménage pas son enthousiasme, Ohana est « l’un des tous grands compositeurs de ce siècle », enthousiasme qui, à l’écoute du disque, peut laisser dubitatif. Et c’est un euphémisme, car le problème avec Ohana, c’est que l’on a beau écouter et réécouter sa musique, la tourner dans tous les sens et l’examiner sous toute ses facettes, on n’en perçoit jamais ni l’originalité ni la finalité. Quelle ambiance a-t-il voulu recréer ? Quelle esthétique souhaitait-il adopter ? Qu’a-t-il cherché à exprimer ? – hormis une nonchalance morne sans odeur ni saveur, orchestrée sans imagination ; pourtant on a beaucoup dit que sa musique était enracinée dans des traditions populaires (musique latino-américaine et africaine principalement), ce qui aurait dû lui conférer une certaine couleur. On se demande ce qu’il a bien pu faire de ces sources traditionnelles dont les particularités n’émergent dans aucune note de ses œuvres. Il n’a d’ailleurs pas eu le monopole de ce prétendu retour aux sources d’une musique originelle et incantatoire qui évoquerait « l’adoration des forces primitives de la nature » et « d’anciennes cérémonies tribales », pour reprendre Harry Halbreich : Jolivet se prévalait des mêmes intentions, pour ne composer finalement qu’une musique très parisienne bon ton. De même, Ohana comme Jolivet prétendaient s’inscrire dans une dynamique anti-intellectuelle (l’un avec le groupe Zodiaque, l’autre avec le groupe Jeune France), pour écrire finalement une musique tout ce qu’il y a de plus abstraite et téléphonée. Rarement les intentions auront été à ce point en contradiction avec le résultat final.
Le Concerto pour violoncelle « In Dark and Blue » (1990) s’inspire du jazz, comme le suggère le titre : là encore les amateurs de jazz ne doivent pas être surpris de ne rien entendre qui rappelle le jazz de près ou de loin. Non que le compositeur ne s’en soit pas réellement inspiré, mais il a à ce point transformé que le matériau populaire original qu’il s’est assimilé à la grisaille de son style – à laquelle rien ne semble pouvoir échapper.
Le Concerto pour piano est « un chef-d’œuvre » selon Harry Halbreich, qui n’avance jamais aucun argument et n’explique pas pourquoi telle ou telle œuvre de Ohana est à ce point géniale, ce qui serait bien utile. Ici encore, c’est morne, sans couleur, sans thème directeur, et l’on ignore s’il s’est inspiré de thèmes de didgeridoo, de yukulele ou de balalaïka, et ça n’a pas beaucoup d’importance car le résultat serait de toute façon le même. Finalement, ce qui frappe le plus chez Ohana, c’est tout simplement le fait qu’on parle encore de lui.
Maurice Ohana (1914-1992), T’Harân-Ngô ; Concerto pour piano ; Concerto pour violoncelle « In Dark and Blue »
Sonia Wieder-Atherton, violoncelle
Jean-Claude Pennetier, piano
Orchestre Philharmonique du Luxembourg
Arturo Tamayo, direction
1 cd Timpani 1C1155