Les concertos de Chopin par Lang Lang

mercredi 16 septembre 2009 par Benoît Donnet

Le célèbre pianiste Lang Lang publie ici son enregistrement des concertos pour piano de Chopin, oeuvres éminemment virtuoses, avec Zubin Mehta et la Philharmonie de Vienne. Il sort grandi de cet exercice difficile et risqué, qu’il aborde sans prétention, avec une humilité et un sens de la musicalité remarquables.

Les deux concertos pour piano de Chopin ne sont certes pas ses oeuvres les plus intéressantes : la virtuosité du soliste y est extraordinairement développée, comme dans ses oeuvres pour piano seul, mais l’orchestre est cantonné à un rôle trop clairement secondaire pour que ces concertos s’imposent au répertoire parmi les plus aboutis du genre. On sent Chopin mal à l’aise avec des procédés d’orchestration plus complexes qu’une simple distribution des thèmes aux cordes et aux bois, avec quelques ponctuelles interventions de cuivres : tout cela, malheureusement, est fort sommaire. Bien entendu les amateurs de piano romantique seront séduits par la volubilité de l’instrument, la richesse des thématiques et des modulations dans les parties solistes, mais tout cela est un peu déséquilibré : un concerto met en jeu deux entités instrumentales, pas une seule accompagnée d’une autre.

Le concerto n°1 semble, paradoxalement, plus romantique que le n°2, plus sobre et concis ; le finale de ce dernier est le moment le plus enthousiasmant du disque. Si Chopin déploie une intériorité intimiste pleine de trouble harmonique et d’audace dans les mouvements lents, il s’enlise en revanche un peu dans les premiers mouvements (en particulier celui du n°2), mais ses finales, très mélodiques et rythmiques, ont du charme et de l’allant.

Lang Lang se tire à merveille de la difficulté technique passablement élevée de ces oeuvres écrites par un pianiste pour des pianistes : sa sonorité chaleureuse, équilibrée, est immédiatement plaisante et contrairement à ce qu’on a pu observer par le passé chez lui, il n’y a aucune exagération, aucune superficialité dans l’approche ; nous ne sommes plus dans la sensiblerie mais dans une réelle interprétation, avec son engagement et ses choix ; cela est réellement bienvenu et ce disque est, pour cela, une belle réussite qu’il faut saluer. L’accompagnement de Zubin Mehta, malgré le faible rôle dévolu à l’orchestre, est très intéressant, avec beaucoup d’accents, des cordes bien sûr chantantes et lyriques, et une réelle écoute du soliste.

- Frédéric Chopin (1810-1849), Concertos pour piano n°1 en mi mineur op.11 et n°2 en fa mineur op.22
- Lang Lang, piano
- Wiener Philharmoniker
- Zubin Mehta, direction
- 1 cd Deutsche Grammophon DG 477 7449. Enregistré en juin 2008 au Muskverein de Vienne



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