Trois Symphonies qui n’en sont pas

jeudi 27 août 2009 par Gilles Quentel

Naxos complète son intégrale de l’oeuvre orchestral de Copland avec les trois premières symphonies du compositeur : un programme enthousiasmant traité par Marin Alsop de façon très professionnelle mais sans chaleur. Après la magnifique symphonie n°3 de James Judd, on attendait mieux.

Si Copland occupe une place centrale dans la musique américaine, notamment par l’influence considérable qu’il a eue sur la majorité des grands symphonistes d’outre-Atlantique, ce n’est pas, curieusement, pour avoir produit un cycle majeur de symphonies, mais bien davantage pour avoir inventé un « son américain » développé au fil de nombreux ballets et poèmes symphoniques. Cet « Open Prairie Sound » qui sera vite repris par toute une école (Harris, Schuman, Piston, Hanson, Maslanka, Hovhaness etc. jusqu’à Adams).

Copland n’a écrit que quatre symphonies, donc seule la n°3 et dernière (un chef-d’œuvre du genre) correspond à la définition classique d’une symphonie par ses dimensions, son effectif et sa division en quatre mouvements. Ce cd Naxos nous propose d’entendre les trois autres, qui bien que n’ayant de symphonie que le nom, sont pourtant des oeuvres originales au style aisément reconnaissable.

La Dance Symphony (1925) est en réalité une suite tirée de son ballet Grohg, lui-même inspiré du Nosferatu de Murnau, il ne s’agit donc clairement pas d’une symphonie. C’est la première oeuvre orchestrale du compositeur qui initie une première phase de création aux tonalités sarcastiques et jubilatoires. Cette première phase, qui inclut également la Symphonie n°1, si elle n’est pas la plus passionnante de son parcours, n’en demeure pas moins d’une facture irréprochable et, ce qui est plus rare chez un compositeur encore jeune, d’une originalité sans défaut. Nadia Boulanger, qui fut l’un de ses professeurs, l’avait pressenti dès leur première entrevue : Copland était exceptionnellement doué.

La Symphonie n°1 (1924), originellement intitulée « Organ Symphony » car elle inclut un orgue dans son instrumentation, rappelle à bien des égards la Dance Symphony : même sens chorégraphique du rythme, mêmes accents sarcastiques amusés, même orchestre sobre mais coloré. Le compositeur supprima la partie d’orgue en 1928 et intitula l’œuvre « Symphonie n°1 ». C’est cette version sans orgue, rarement enregistrée, qui est proposée ici. Elle semble pourtant plus aboutie que la version originale dans la mesure où l’orgue ne fait qu’ajouter de façon parfois excessive au côté sarcastique et ludique, ceci sans parler du fait qu’il ne s’insère pas particulièrement bien dans l’orchestre. On s’explique donc mal pourquoi on ne l’entend pas plus fréquemment : sans orgue, le mouvement lent en particulier prend une très belle teinte poétique et contemplative.

La Symphonie n°2 (1933) intitulée « Short Symphony » est, comme son nom l’indique, courte (15 minutes). Il ne faut cependant pas s’y tromper : bien que la plus courte et celle qui requiert l’effectif le plus limité des trois, c’est un des grands chefs-d’oeuvre de la production coplandienne : tout y est condensé, mais la richesse thématique, la finesse des couleurs, ce mélange caractéristique de candeur et de nostalgie, ces sonorités de bois railleuses et contemplatives, nous font entrer de plain pied dans l’univers sonore de Copland : simple et abyssal.

L’interprétation que donne Marin Alsop de ces oeuvres est tout à fait satisfaisante, sans être absolument enthousiasmante. Elle ne manque pas de dynamisme ni de souffle, mais peut-être de la chaleur et de la douceur que réclamerait en particulier la Short Symphony : la magnifique version de l’Orpheus Chamber Orchestra (DG) lui est nettement supérieure par sa finesse et sa mise en évidence du caractère introspectif de l’oeuvre. On regrette un peu que le miracle de Symphonie n°3 par James Judd chez le même label ne se reproduise pas, mais on se console avec cette rare symphonie n°1 débarrassée de son orgue ricanant et lunaire.

- Aaron Copland (1900 – 1990), Dance Symphony ; Symphonie n°1 ; Symphonie n°2 « Short Symphony ».
- Bournemouth Symphony Orchestra
- Marin Alsop, direction
- 1 cd Naxos 8.559359



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