Egon Wellesz, l’intégrale symphonique

jeudi 20 août 2009 par Thierry Dupriez

Les différentes recherches sur les compositeurs déclarés « dégénérés » par les Nazis contribuent à la programmation et à l’enregistrement d’œuvres longtemps ignorées. Ainsi CPO, label dont salue la qualité et la curiosité, édite en coffret, son intégrale des symphonies d’Egon Wellesz enregistrée au début des années 2000 par le solide orchestre de la radio de Vienne dirigé par Gottfried Rabl.

Fils d’une riche famille de commerçants viennois, Egon Wellesz fut, comme tout bon fils de la bourgeoisie autrichienne, initié à la musique. Développant un intérêt croissant pour cet art, il abandonne des études de droit pour se consacrer à l’étude de la musicologie. Brillant sujet de l’université, il suit des cours particuliers auprès d’Arnold Schoenberg en 1904 et 1905. Soutenu par Bruno Walter et Béla Bartok, il présente ses premières compositions au début des années 1910. Les succès s’accumulant, notamment sur scène avec des opéras comme Die Backantinnen ou des ballets comme Des Wunder der Diana, Wellesz est au début de la décennie 1920, un compositeur qui compte dans l’Autriche musicale. Il développe alors une intense activité de propagandiste de la musique de son temps et il participe à la fondation de la Société internationale de Musique nouvelle. Musicologue, il se spécialise dans la musique byzantine et découvre, en pionnier, une méthode pour déchiffrer l’écriture neumatique byzantine. Le compositeur effectue aussi des recherches sur l’opéra baroque et publie, en 1921, la première biographie sur Arnold Schoenberg. Mais, la montée du nazisme et l’annexion de l’Autriche par le régime hitlérien met un terme à celle belle carrière. Juif et monarchiste, Wellesz est privé de ses fonctions et recherché par la police. Par chance, il se trouve aux Pays Bas pour une exécution d’une de ses œuvres. Il s’installe alors à Oxford mais la brutalité des évènements débouche sur une stérilité artistique qui ne prend fin qu’en 1943. Après la seconde guerre mondiale, il reçoit de nombreuses récompenses internationales et devient membre honoraire de la Société philharmonique de Vienne. Drôle d’hommage car sa musique est absente des programmes autrichiens et il n’a jamais été rétabli dans ses fonctions professorales d’avant la guerre. C’est également à partie de 1948 qu’il se lance dans l’écriture de ses neuf symphonies. Curieuse attitude d’un compositeur qui attend ses soixante ans pour ébaucher une longue aventure symphonique. Mais l’artiste avoue être intimidé par cette forme musicale qu’il considère comme « le medium le plus noble de l’expression musicale ».

Son corpus symphonique, composé entre 1948 et 1971, se divise en deux parties. Les symphonies n°1 à 5 se placent dans la filiation de la grande tradition de la symphonie de Schubert, Mahler et Bruckner tout en cherchant une propre identité musicale. Ces partitions sonnent avec des effets qui font parfois penser à Hindemith, mais sans l’ironie de ce dernier et avec un grand respect de la forme qui étire parfois les mouvements. La symphonie n°5 marque une charnière car le compositeur introduit la technique dodécaphonique. Dès la symphonie n°6, il affirme avoir trouvé le langage qui lui convient et qui sera au cœur de ses ultimes symphonies. Outre des similitudes de forme : deux mouvements lents encadrent un scherzando, ces pièces manifestent une écriture âpre et tendue. Les masses sonores s’entrechoquent, l’atonalité est libre dans un univers qui fait la part belle aux grands intervalles. Musiques de tensions et d’angoisses, ces partitions ne tendent gère vers l’optimisme…

Côté interprétation, Gottfried Rabl dirige avec efficacité et compétence un orchestre techniquement précis. Le chef se sert des timbres assez tranchants de l’orchestre pour livrer des lectures assez carrées et puissantes dans la restitution des effets. Les tempi, relativement rapides, évitent toute forme d’alanguissement et masquent la longueur de certains mouvements.

Il est déplacé de parler de chefs d’œuvres pour des partitions écrites avec métier et compétence mais auxquelles ils manquent la valeur ajoutée supplémentaire pour porter l’auditeur. Notre préférence va aux symphonies 1 à 5, qui évitent le piège du dodécaphonisme dominant qui ne parvient plus à nous toucher. Par ailleurs, la symphonie n°3, apparaît comme le meilleur opus de ce cycle.

- Egon Wellesz (1885 1874), intégrale des symphonies.
- Radio Symphonieorchester Wien
- Gottfried Rabl, direction
- 1 coffret de 4 CD CPO. Référence LC 8492. Enregistré entre 2001 et 2004 à Vienne.



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