Penderecki a cappella

mardi 8 septembre 2009 par Thomas Rigail

Penderecki a multiplié les œuvres religieuses, mais sa religiosité est du genre à remplir les cathédrales dans de grandes formes avec chœur et orchestre. Il est alors peu étonnant que cette intégrale des œuvres pour chœur à cappella soit assez courte et finalement pas tout à fait convaincante malgré une exécution sans failles.

Cette « intégrale » qui présente dans le désordre des œuvres de 1958 à 2009 a une dénomination un peu trompeuse, puisque sur seize pièces, huit sont des extraits, parfois réarrangés, d’œuvres plus vastes qui contiennent des passages pour chœur seul : on retrouve ainsi le Psaume 30 des Psaumes de David de 1958, l’Ut quid Domine, une adaptation pour chœur de l’Aria des Trois pièces dans un style ancien de 1963, le Miserere et l’In pulverem mortis de la Passion selon Saint Luc de 1965, le Sicut locutus est du Magnificat de 1973-74, et enfin le De Profondis de la symphonie « Les Sept portes de Jerusalem » de 1996. Cela pose d’emblée une limite au disque : Penderecki est dans ses œuvres vocales un compositeur de vastes fresques, que cela soit La passion selon Saint Luc, le Requiem Polonais ou les symphonies n°7 et 8, et ses quelques pièces pour chœur seul sont pour la plupart anecdotiques. Si ces pièces s’intègrent bien dans le déroulement d’un programme entièrement a cappella, la séparation de leur cadre originel qui mêlait chœur et orchestre dans un dispositif musical et liturgique de grande envergure leur fait perdre une partie de leur impact. De plus, le changement stylistique qui a lieu dans l’écriture de Penderecki à la fin des années 70, passant progressivement sur une vingtaine d’années d’un expressionisme expérimental radical à un néoromantisme beaucoup plus accessible, fait qu’ici cohabitent pièces atonales et pièces au contrepoint beaucoup plus traditionnel. Si ce corpus artificiellement créé est sans doute le plus homogène du catalogue du compositeur grâce à des sources récurrentes (principalement les musiques orthodoxes et les polyphonies de la renaissance) et s’il n’y a pas à parler de reniement comme le montre bien la dernière pièce du disque, l’Aria des Trois pièces dans un style ancien, qui par son langage consonant et simple aurait pu être écrit par le Penderecki dernière manière et montre que l’attachement à la tradition a toujours été présent dans son œuvre, ne serait-ce qu’à l’arrière-plan, on ne peut guère éviter de trouver plus d’inspiration aux premières œuvres dont l’écriture chromatique d’outre-tombe reste un des grands moments de la musique des années 60 (Stabat Mater, Misere) qu’aux pièces plus tardives dont le néo-romantisme, s’il ne manque pas de raffinement (Benedictus), est des plus impersonnel - et de plus en plus impersonnel à mesure que le temps passe alors que les pièces des années 80 (notamment le bel Agnus Dei du Requiem Polonais) conservent la marque du Penderecki inspiré si ce n’est aventureux. Le résultat est donc mitigé : si les pièces ne sont jamais ratées, elles ne présentent pas le Penderecki le plus brillant et le cadre un peu fabriqué ne permet pas de prendre conscience de la force que peut avoir la musique du compositeur.

Le point le plus notable de cette production est plutôt l’exécution subtile et équilibrée de l’excellent Chœur de chambre polonais. Cette qualité, conjointement à l’écriture de Penderecki qui reste de haute tenue même dans ses moments les moins personnels, pourra inciter les amateurs de chant choral à se pencher sur ce disque qui n’apporte pas grand chose à la discographie relativement riche du compositeur polonais.

- Krzysztof Penderecki (né en 1933) : Sicut locutus est ; Stabat Mater ; Iże Cheruwimy ; Veni Creator ; Ut quid Domine ; Sanctus, Benedictus ; Benedicamus Domino ; Miserere ; Benedictum Dominum ; De Profundis ; In pulverem mortis ; Agnus Dei ; Będę Cię wielbił ; Panie (Psaume 30) ; Kaczka pstra, Aria
- Polski Chor Kameralny
- Jan Lukaszewski, direction
- 1 CD Dux DUX0694. Enregistré à Varsovie en 2008.



Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 196474

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dux   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.10 + AHUNTSIC