Firenze 1616

vendredi 15 février 2008 par Fernand Bretton

Vincent Dumestre et son Poème Harmonique reviennent à leurs premières amours.

En 1999 , Alpha publiait un enregistrement, très remarqué et récompensé, de madrigaux de Domenico Belli, chantés par Guillemette Laurens. En effet, l’oeuvre principale de ce retour au "nuovo stile" n’est autre que "L’Orfeo dolente" de Domenico Belli publié en 1616 à Florence, neuf ans après le célèbre Orfeo de Monteverdi à Mantoue. Le titre lui-même de l’oeuvre indique déjà la différence de traitement de ce personnage de la mythologie grecque , différence conforme au tempérament de Domenico Belli, musicien austère et torturé dans la lignée d’un Gesualdo.

Son "Orfeo dolente" est une longue plainte douloureuse d’Orphée, soutenu par sa mère Calliope, et par l’intercession de Proserpine que refuse Pluton. Orphée souffrant reste sourd aux tentatives de consolations des "Grâces" et Eurydice est totalement absente. Domenico Belli est au sommet de l’art du "parlar cantando", décuplant son impact émotionnel en sachant rompre les harmonies par des dissonances troublantes. Le Poème Harmonique nous a habitué à des interprétations de très haut niveau et ne fléchit pas dans son excellence ! L’ensemble instrumental rassemble un violon, deux basses de viole, un violone, un cornet à bouquin, une flûte et dulciane, clavecin et orgue, archiluth et théorbe que joue Vincent Dumestre, tout en dirigeant l’ensemble. Celui-ci sonne avec un moelleux et une gravité qui soutiennent admirablement des chanteurs tous excellents, et maîtres dans l’art du "parlar cantando". Parmi ceux-ci, Arnaud Marzoratti, à la très belle voix de baryton, et qui s’identifie complètement au rôle douloureux d’Orphée, est le plus marquant.

Pour nous préparer à cet "Orfeo dolente", Vincent Dumestre nous propose une oeuvre de Giulio Caccini "Il Rapimento di Céfalo", précédée de trois "Sospiri d’amanti" s’enchaînant comme une seule oeuvre, les deuxième et troisième étant de Caccini, alors que le premier, qui ouvre ce disque est un "Io moro" de Claudio Saracini sur un texte de Pétrarque.

Ce "Io moro" de Saracini provoque peut être la seule petite déception de ce programme... En effet, à peine 4 minutes d’un tel chef d’oeuvre d’incandescente douleur, qui plus est chantée par la mezzo Isabelle Druet avec une voix d’une richesse de timbre rare et une expression de douleur à vous tirer les larmes, risquent de faire pâlir quelque peu le reste du programme qui n’atteint pas toujours cette intensité d’expression.

Un disque exceptionnel et une révélation, comme on en découvre, rarement, la mezzo Isabelle Druet.

- Firenze 1616
- Oeuvres de Claudio Saracini, Giuglio Caccini, Domenico Belli
- Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Arnaud Marzoratti, baryton ; Philippe Roche, Basse
- Le Poème Harmonique
- Vincent Dumestre, direction
- 1 cd alpha 120, enregistré en septembre 2007 à la chapelle de l’Hôpital de Notre Dame du Bon-Secours, Paris.



Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 196474

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Alpha   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.10 + AHUNTSIC