Une Quatrième symphonie de Mahler qui fera autorité

vendredi 12 juin 2009 par Benoît Donnet

Décidément, Ivan Fischer s’impose comme le chef à suivre aujourd’hui : parmi ses nombreux enregistrements pour Channel Classics, pas un n’est descendu sous la barre de l’excellent. Cette Quatrième symphonie de Mahler parfaite, merveilleusement poétique et équilibrée, sans aucun défaut ni aucune affectation, s’élève au niveau des meilleures références.

Comme on sait, la Symphonie n°4 constitue, peut-être encore plus que les autres opus de Mahler, une oeuvre à problèmes pour les interprètes, et la plupart des lectures pèchent sur un aspect ou un autre par quelque défaut gênant : la direction s’avère trop compassée ; l’orchestre pas assez coloré ; les tempi maladroits dans leur économie ; et surtout, surtout (ce reproche est récurrent), la soprano ne convient pas. C’est donc un petit exploit de la part de Fischer et de ses musiciens hongrois de réaliser un parfait compromis entre candeur, poésie et précision, sans que rien ne vienne vraiment troubler notre plaisir. On pense parfois à Fritz Reiner sur le plan de la rigueur et de la virtuosité orchestrale, mais Fischer refuse moins l’émotion et le cantabile. On pense aussi aux deux versions Bernstein, mais Fischer demeure, tout en restant personnel et engagé, foncièrement moins histrionique. On pense à Abbado, mais Miah Persson nous convainc mieux que Renée Fleming. En fait Fischer s’impose dans une discographie où les versions « parfaitement irréprochables » ne sont pas légion.

Si les premières notes égrenées par la clochette nous semblent un peu lointaines, cela reste, au fil de l’écoute, la seule chose (et combien anecdotique) que l’on peut vraiment objecter à cette lecture décapante, d’un naturel frappant, d’Ivan Fischer, qui s’attaque sans préjugés et sans fausse profondeur à un chef d’oeuvre si fréquenté. La gestion des tempi du premier volet se trouve ainsi être parfaite, sans ralentis et sans fausse affectation ; les équilibres orchestraux sont remarquables, grâce à une sonorité de cordes limpide et légère qui s’accommode bien du néo-classicisme de l’oeuvre. Les bois méritent aussi les éloges.

Les mouvements centraux comptent parmi les plus convaincants que nous ayons entendus. Ni le violon ni la clarinette ne prennent le dessus dans le scherzo, où tout fourmille de son dans une atmosphère évocatrice impeccablement bien rendue, et les cors s’illustrent avec bonheur. Le meilleur reste cependant le Ruhevoll, dont le cantabile est proprement admirable et les différents épisodes parfaitement enchaînés : du très, très grand travail interprétatif, qui épargne tout « trifouillage » superflu à l’auditeur et se concentre sur une mise en lumière radieuse et inspirée de la partition. Nous arrêterons là les compliments sur une lecture qui nous semble l’une des plus « évidentes » de toutes.

Le finale, comme cela a souvent été le cas dans les bonnes versions passées (nous pensons à Zinman tout récemment), aurait pu être gâché par une inadéquation stylistique dans le choix de la soliste : ce n’est pas le cas ici, car Miah Persson livre une prestation très satisfaisante, certes moins miraculeuse que le travail des instrumentistes, mais sans tâche et sans défaut, avec une prononciation fort acceptable et surtout un refus de la fausse candeur déplacée. L’accompagnement est à l’avenant : renouant avec une tradition qui a eu tendance à se perdre, Fischer adopte des tempi très vifs qui nous paraissent bien convenir.

Un disque que tout mahlérien se devra d’acquérir.

- Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°4 en sol majeur
- Miah Persson, soprano
- Budapest Festival Orchestra
- Ivan Fischer, direction
- 1 SACD Channel Classics CCS SA 26109. Enregistré en septembre 2008 au Palais des Arts de Budapest



Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 206585

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Channel Classics   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.10 + AHUNTSIC