A spotless rose : encore une nouveauté mystico-musicale

mercredi 29 avril 2009 par Philippe Delaide

Après « The road to paradise », Paul McCreesh et le Gabrieli Consort viennent d’enregistrer « A spotless rose », comprenant une série de chants polyphoniques dédiés aux méditations autour du mystère de la Vierge Marie. Pratiquement dans la même veine, dans son « Pilgrimage to Santiago » John Eliot Gardiner, avec le superbe Monteverdi Choir, avait tenté cette expérience à la fois spirituelle et musicale de revisiter quant à lui le répertoire polyphonique de la Renaissance. Le contexte était, à l’occasion des 40 ans de l’ensemble, un pèlerinage sur la route de Saint-Jacques de Compostelle.

Les expériences mystico-musicales sont donc bien dans l’air du temps. Des ensembles vocaux accomplis, comme les deux mentionnés ci-avant, tout comme certainement une partie des mélomanes, sont visiblement à la recherche d’un recentrage des projets d’interprétation autour d’une certaine spiritualité.

Que dire alors de ce disque, édité par Deutsche Grammophon ? Le choix des différentes pièces (treize au total) se revendique comme très réfléchi, cohérent et axé autour des différentes images que nous restitue Marie. On y retrouvera donc, avec des univers musicaux très différents, aussi bien l’éclat, la majesté, d’une vierge Marie sublimée, que la douleur, l’angoisse d’une pieta, voire les cris de colère d’une femme endeuillée.

Le répertoire choisi par Paul McCreesh et son ensemble, comprend aussi bien les maîtres franco-flamands de la Renaissance (Josquin Depsrez, Jean Mouton), que leur incontournable alter ego romain (Palestrina), mais aussi nombre compositeurs modernes. On pourra y découvrir des compositions méconnues de grands compositeurs (comme par exemple un Ave Maria d’Igor Stravinsky) d’une simplicité confondante ou un Ave Maria Stella d’Edvard Grieg, ample mais concis).

Parmi les pièces remarquables, on peut noter The hymn to the Mother of God de John Tavener, qui avec de longs accords des voix, inonde l’espace sonore et procure une sensation saisissante d’élévation. On peut aussi retenir A spotless Rose d’Herbert Howells, auquel l’album emprunte son titre, et qui se déploie avec des ondulations évoquant de façon troublante un univers aquatique, et traduisant la plus grande douceur et délicatesse pour évoquer Marie. The Fayrfax Carol de Thomas Adès, n’est pas sans similitudes avec les compositions de Frank Martin, maître incontestable de la composition sacrée a cappella et dont l’absence au sein de cette album constitue un manque certain.

Il faut également noter une interprétation honnête du superbe Ave Maria, virgo serena de Josquin Desprez. L’album se termine par une œuvre singulière et inclassable de Henryk Górecki Totus tuus, dont le caractère hypnotique est certain.

Ce disque est donc surtout intéressant pour ces quelques découvertes. L’interprétation est d’un excellent niveau, même s’il elle demanderait parfois à être plus engagée. L’approche esthétique et spirituelle qui sous-tend ce projet n’est pas forcément d’une évidence implacable et nous sommes, pour notre part, bien plus marqué par l’interprétation travaillée, cohérente d’une messe complète que par ce type de « patchwork ».

- A spotless rose
- Œuvres de Ades ; Bax ; Desprez ; Górecki ; Grieg ; Howells ; MacMillan ; Mouton ; Palestrina ; Tavener ; Stravinsky ; Swayne
- Gabrielli Consort
- Paul Mc Creesh, direction
- 1 cd Deutsche Grammophon 477 7635



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