Et si on fêtait Buxtehude ?

lundi 28 janvier 2008 par Laurent Marty

Le tricentenaire de la mort de Buxtehude n’aura certes pas déclenché l’enthousiasme des foules - pas d’intégrale au rabais vendue par piles en tête de gondole de Carrefour - mais aura malgré tout suscité quelques belles réalisations qui rendent enfin compte du génie de ce compositeur jusqu’ici plutôt mal servi par le disque.

Côté monumental, signalons l’intégrale en cours de la musique religieuse par Ton Koopman chez Challenge, la reparution chez Harmonia Mundi de l’intégrale de l’œuvre d’orgue René Saorgin à prix microscopique, tandis que Ricercar publie de Bernard Foccroulle. Enfin, monument des monuments, Naxos semble s’être lancé dans un projet d’intégrale confiée à divers interprètes. On peut donc ajouter, toujours chez Ricercar, cette réunion de cantates solistes, autrefois publiées en mélange dans le cadre d’une célèbre anthologie de la cantate baroque allemande.

Pour ceux qui auraient acquis certains diques précédents, précisons que manquent trois cantates par rapport aux albums originaux : « Das neugeborne Kindelein » ; « Quemadmodum desiderat cervus » ; « Erbarm dich mein, O Herre Gott ». Ces 2 disques, vendus pour le prix d’un seul, donnent un aperçu assez complet des cantates pour petit effectif de Buxtehude, alternant les cantates arias pour soliste, comme le magnifique « Klag-Lied » écrit à la mémoire de son père, et concerts polyphoniques réservés à un petit groupe de chanteurs. La variété des climats ainsi obtenue évite toute monotonie et permet de se faire une idée de son incomparable talent de mélodiste. L’égalité des voix donne tout leur relief aux œuvres en concert, d’un beau recueillement, tandis que les œuvres solistes montrent un élan communicatif. Mention particulière à Greta de Reyghere pour son expressivité et l’étendue d’un registre jamais pris en défaut - le grave, très sollicité dans le Klag-Lied est petit mais rond, l’aigu toujours lumineux. C’est également un rare bonheur de retrouver Henri Ledroit pour deux cantates ; la douceur et le moelleux de son timbre conviennent parfaitement à l’univers à la fois retenu et serein du compositeur. L’ensemble instrumental, emmené par François Fernandez au violon et dessus de viole, est tout simplement irréprochable, de justesse d’intonation, de variété d’accents, de délicatesse. Comble de bonheur, la prise de son est magnifique, à la fois claire et préservant bien le moelleux de timbres, surtout des cordes. On aurait par contre souhaité un texte de présentation moins laconique, la biographie du compositeur est à peine esquissée.

Sans doute la meilleure initiation possible à cet univers, d’une piété simple, humaine et jamais austère, depuis la disparition de l’anthologie plus complète de Koopman (Erato). Indispensable à tout amateur de musique baroque.

Disque en vente sur le site Antilopea.com

- Dietrich Buxtehude (1637-1707) : 16 Cantates
- Greta de Reyghere, Agnès Mellon (sopranos) ; Henri Ledroit, James Bowman (« Contre-ténors ») ; Guy de Mey, Ian Honeyman (ténors) ; Max van Egmond (basse)
- Ricercar Consort.
- CD Ricercar RIC 252, enregistrement entre 1985 et 1990



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