La Symphonie italienne de Vincent d’Indy
Vincent d’Indy (1851-1931) est l’auteur de trois symphonies numérotées : la Symphonie n°1 en sol Op.25, la célèbre Symphonie sur un Chant Montagnard Français ou Symphonie Cévenole (1886), seule œuvre du musicien parisien régulièrement jouée et enregistrée, et la seule il n’y a pas si longtemps encore à maintenir son nom hors de l’oubli ; la Symphonie n°2 en si bémol Op.57 (1903), ample et magnifique partition révélée au disque à l’époque du 78 tours (RCA Victor) par Pierre Monteux lorsqu’il était à la tête de l’Orchestre Symphonique de San Francisco, et que Michel Plasson et son Orchestre du Capitole de Toulouse ont superbement reprise bien plus récemment dans un enregistrement EMI. Enfin la Symphonie n°3 Op.70 dite Sinfonia Brevis « De Bello Gallico » (1918), à la fois superbe symphonie par le titre et remarquable poème symphonique par le fond et le programme : il en existe notamment un enregistrement chez Auvidis Valois par Theodor Guschlbauer et la Philharmonie de Strasbourg.
Mais alors, quelle est cette Symphonie en la mineur, dite « Italienne » ? Achevée en 1872 par un Vincent d’Indy de 21 ans, on pourrait la qualifier de « Symphonie n°0 » en tant qu’œuvre de jeunesse, si toutefois cette appellation n’avait pas une connotation péjorative. Car c’est déjà l’œuvre d’un maître dominant parfaitement la forme symphonique : les deux mouvements extrêmes de cette partition en quatre parties sont en forme-sonate avec reprises de l’exposition, d’ailleurs respectées dans cet enregistrement. On remarquera d’évidentes similitudes avec l’œuvre éponyme de Mendelssohn à qui d’Indy rend hommage : le Finale qui n’est autre qu’une Saltarelle, n’est pas sans évoquer la Saltarello équivalente du maître allemand.
Alors que la Symphonie « De Bello Gallico » de 1918 est le résultat de l’impact de la « Grande Guerre » sur le musicien, la Symphonie Italienne est issue du conflit de 1870-71 ayant également profondément affecté le compositeur. Si les deux œuvres sont ce qu’on appelle « de la musique pure », il est bien évident qu’elles dévoilent toute l’âme et les sentiments de d’Indy, ses idéaux aussi, et le fil conducteur qu’il s’impose dans la Symphonie Italienne la fait également tendre vers un vaste poème symphonique en quatre parties, dont il nous décrit ainsi le programme : « Ma Symphonie est une personnification de l’Italie : le final, qui est une Saltarelle, représente Naples ; le Scherzo vif et léger, Florence ; l’Andante sera Venise ; enfin, je veux peindre Rome dans le premier morceau, et […] dépeindre le triomphe du Christianisme sur le Paganisme, en d’autres termes, faire lutter le Colisée contre Saint-Pierre ; c’est bien hardi, n’est-ce pas ? Et personne n’y verra cela, j’en suis persuadé, mais c’est mon idée et je veux la suivre. […] voilà déjà six fois que j’écris et que je détruis après l’avoir écrit le chant qui doit représenter Saint-Pierre ; je ne trouve rien d’assez noble. »
Avec l’enregistrement en première mondiale de cette Symphonie, le tout jeune Lionel Bringuier (22 ans !), superbe lauréat du Concours International de Besançon en 2005, s’affirme de manière péremptoire en montrant d’emblée sa volonté de s’aventurer sur des terrains inexplorés, et cela serait vain si ce n’était accompli aussi brillamment que dans cette interprétation admirablement structurée et pensée, véritable coup de maître auquel il convient bien évidemment d’associer les excellents musiciens de l’Orchestre de Bretagne.
Si la cousine de Vincent d’Indy, Isabelle de Pampelonne, fut probablement, avant de devenir son épouse, le témoin privilégié de la genèse de la Symphonie Italienne, sa seconde femme, Caroline Janson, peut s’enorgueillir d’avoir été la muse bienfaisante de la dernière période créative du compositeur, privilégiant le style néo-classique, et même néo-baroque avec comme illustres modèles Bach et Rameau : le Concert pour piano, flûte, violoncelle et cordes Op.89 de 1926 en est la parfaite illustration, sorte de concerto grosso tripartite au dialogue piano-flûte-violoncelle avec les cordes, empreint de grande tendresse (dans le deuxième mouvement Lent et expressif) et teinté d’un discret modernisme mêlant chromatisme et mesure asymétrique typique de la musique du terroir.
La ferveur et la joie emplissent l’interprétation de ce Concert : la pianiste de renom Brigitte Engerer, lauréate de multiples Concours Internationaux, dont le Reine Élisabeth de Belgique, apporte toute sa chaleureuse expérience et son soutien attentif aux jeunes Magali Mosnier, flûte, et Marc Coppey, violoncelle ; associés aux cordes de l’Orchestre de Bretagne, ils nous proposent une interprétation chatoyante de l’œuvre de d’Indy, qui ne peut que nous réjouir l’esprit et le cœur. Ce disque est tout simplement un joyau supplémentaire dans l’exploration d’une musique française par trop longtemps négligée, joyau parmi tant d’autres – mais cela devient vraiment banal de le répéter ! – du catalogue Timpani.
Disque en vente sur le site Antilopea.
Marc Coppey se produira au prochain Festival Juventus qui se tiendra à Cambrai du 02 au 14 juillet.
Brigitte Engerer sera le 23 juin prochain aux Flâneries musicales de Reims.
Vincent d’Indy (1851-1931), Symphonie en la mineur « Italienne » ; Concert en mi bémol pour piano, flûte, violoncelle et cordes Op.89
Brigitte Engerer, piano
Magali Mosnier, flûte
Marc Coppey, violoncelle
Orchestre de Bretagne
Lionel Bringuier, direction
1 cd Timpani 1C1125, enregistrement à Rennes, septembre 2007