Ochs et la Maréchale

vendredi 7 novembre 2008 par Karine Boulanger

L’intérêt du Rosenkavalier de Karajan, filmé en direct du festival de Salzbourg en juin 1984 et proposé à l’époque en disque audio chez Deutsche Grammophon et en vidéo, réside avant tout dans les interprètes de deux des rôles principaux : Kurt Moll (le baron Ochs von Lerchenau) et Anna Tomowa-Sintow (die Marschallin).

L’enregistrement, à la distribution soignée, particulièrement bien chanté, appartient à la dernière manière de Karajan, dans un répertoire dont il était considéré comme l’un des maîtres depuis les années 50 [1]. On admire le raffinement des détails, l’art dont fait preuve le chef d’orchestre qui cisèle la moindre phrase, dose savamment les pupitres (aidé par des Wiener Philharmoniker superlatifs), veille à la moindre nuance ; et pourtant, il manque à l’ensemble un rythme, un élan qui empêchent à ce Rosenkavalier trop sage de virevolter, prisonnier d’un excès de précautions.

La distribution, des premiers aux derniers rôles est superlative, à l’exception de la Sophie de la jolie et frêle Janet Perry, si insipide qu’elle semble se contenter de réciter un rôle sans jamais l’habiter. L’Octavian d’Agnes Baltsa est scéniquement convaincant, son mezzo un peu clair se mariant particulièrement bien avec le timbre de la maréchale, créant une ambiguïté supplémentaire. Les graves, comme souvent avec Baltsa, sont un peu parlés et la chanteuse manque de gouaille en Mariandl, campant une camériste bien sage au troisième acte, presque une Cenerentola égarée dans une auberge autrichienne. C’est pourtant Ochs et la Maréchale qui font tout le prix de ce dvd. Kurt Moll est un baron aux antipodes d’une certaine tradition, refusant de jouer les bouffons, d’outrer les effets dans le jeu ou le chant, absolument impeccable. Il compose un personnage très digne, sûr de lui et de ses prérogatives, rusé, bon vivant aux manières et paroles un peu lestes. Il lui suffit de quelques mimiques : des œillades complices à Mariandl, une bouche en cœur lorsqu’il reçoit la fausse lettre, des yeux levés au ciel en écoutant divaguer la camériste saoule, un air matois en comprenant la liaison entre Octavian et la Maréchale, pour faire ressortir le comique des situations et du personnage. Face à lui, Anna Tomowa-Sintow à la voix riche et dont les aigus semblent inépuisables, impose une Maréchale bienveillante, moins hautaine que ce qu’il est fréquent de voir, naturelle et sans apprêts, mais d’une dignité remarquable lorsqu’elle congédie Ochs à la fin de l’acte III. Couvant Octavian avec gourmandise, elle décide ouvertement de se jouer de son encombrant cousin. La chanteuse est de plus attentive aux mots, très émouvante dans la seconde partie de l’acte I et à l’acte III. Le reste des rôles est parfaitement tenu, depuis le Faninal résolument burlesque de Gottfried Hornik, jusqu’au couple d’italiens de Heinz Zednik et Helga Müller-Molinari, en passant par la Leitmetzerin de luxe de Wilma Lipp.

La production était une réplique de celle de Rudolf Hartmann, filmée en 1960. Dans les décors démesurés de Teo Otto et les beaux costumes de Erni Kniepert, les acteurs mis en scène par Herbert von Karajan sont moins figés que dans le Don Carlo contemporain, sans que l’on puisse pour autant parler d’une véritable direction d’acteurs, mais plutôt d’une « mise en place » efficace, mais très convenue.

- Richard Strauss (1864-1949), Der Rosenkavalier, comédie en musique en trois actes. Livret de Hugo von Hofmannsthal
- Mise en scène : Herbert von Karajan ; décors : Teo Otto ; costumes : Erni Kniepert.
- La maréchale : Anna Tomowa-Sintow ; Ochs von Lerchenau : Kurt Moll ; Octavian : Agnes Baltsa ; Faninal : Gottfried Hornik ; Sophie : Janet Perry ; Marianne Leitmetzerin : Wilma Lipp ; Valzacchi : Heinz Zednik ; Annina : Helga Müller Molinari ; commissaire : Kurt Rydl ; majordomes : John van Kesteren, Franz Kasemann ; notaire : Alfred Sramek ; aubergiste : Karl Terkal ; chanteur : Vinson Cole
- Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor. Chef des chœurs : Walter Hagen-Groll.
- Wiener Philharmoniker
- Herbert von Karajan.
- 1 dvd Sony 88697296039. Filmé en juin 1984 à Salzbourg.

[1] Son premier enregistrement officiel du Chevalier à la rose, paru chez EMI en 1956, fait toujours figure de référence



Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 207463

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Sony Classical   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.10 + AHUNTSIC