Les Quatuors de Durosoir

dimanche 2 novembre 2008 par Gilles Quentel

Le Quatuor Diotima propose une intégrale des quatuors de Lucien Durosoir, violoniste célèbre mais compositeur méconnu, camarade de tranchée de Caplet et élève de Tournemire qui transpose le langage impressionniste de Debussy et Ravel dans des nuances grises et désabusées. Une curiosité.

Lucien Durosoir fut un brillant violoniste dont la carrière fut interrompue par la Première Guerre Mondiale alors qu’il avait 35 ans. Son expérience des tranchées (il était simple fantassin) et les horreurs dont il fut le témoin le marquèrent profondément, comme on s’en doute. Mais c’est aussi dans les tranchées qu’il fit la connaissance d’André Caplet dont il était l’exact contemporain, violoniste également, et avec lequel il partagea le projet de devenir compositeur.

L’œuvre de Durosoir débute donc après la guerre, en 1920. Il se tient d’emblée à l’écart des milieux intellectuels parisiens, et l’on y a vu l’explication de sa faible popularité. Ce n’est sans doute pas faux, mais le style de Durosoir n’est pas du genre à enthousiasmer les foules. Outre qu’il a très peu composé pour l’orchestre (l’essentiel de sa production est tournée vers la musique de chambre, avec violon de préférence, le label Alpha en a déjà publié un volume), il use beaucoup des chromatismes et du contrepoint, ce qui rend ses œuvres passablement complexes et peu engageantes. Si l’on ajoute à cela un sens mélodique assez pauvre en comparaison des ses illustres modèles (Debussy et Ravel), et un climat encore marqué par le traumatisme de la guerre, on sait à peu près à quoi s’attendre.

Ces trois quatuors ont été écris de 1920 à 1934, et on note peu de différence esthétique entre eux. Le dernier est plus vif et tourmenté que les autres, mais le langage demeure le même : un contrepoint désabusé, des harmonies distantes qui font parfois penser à du Villa-Lobos sans les couleurs. Car c’est sans doute là que le bât blesse : la musique de Durosoir est terriblement grise. Elle rappelle dans son langage Debussy et Ravel, avec les quatuors desquels on ne manquera pas de déceler de fortes affinités, mais transposés dans un climat de désillusion et de résignation qui en fait une musique idéale pour les dimanches de pluie. On est assez loin des Années Folles de l’entre-deux-guerres, du jazz et de l’art déco.

C’est donc en soi une curiosité à écouter, d’autant que le Quatuor Diotima en donne une interprétation très convaincante. De là à dire qu’il s’agit de chefs-d’œuvre méconnus, il y a une marge que l’on ne se risquera pas à franchir.

- Lucien Durosoir (1878-1955) : Quatuors n° 1 à 3
- Quatuor Diotima
- 1 cd Alpha 125. Enregistré au Centre Culturel de Rencontre Laborie (Limousin) en décembre 2007



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