Une décevante intégrale Mendelssohn par Christoph Poppen
Les symphonies de Mendelssohn, si elles ont moins été enregistrées que celles de ses contemporains Schubert et Schumann, sont du moins représentées au disque par des références comme Abbado, Masur ou même Karajan. Christoph Poppen, l’ancien primarius du Quatuor Cherubini, propose ici une nouvelle intégrale dont on peut se demander si elle apporte réellement quelque chose à la discographie.
Christoph Poppen choisit pour diriger ces oeuvres sujettes à discussion musicologique un parti pris romantique dans le traitement orchestral, utilisant une phalange nourrie, aux cordes nombreuses, à l’opposé des nouveaux équilibres instrumentaux défendus aujourd’hui. La prise de son est détaillée, bien spatialisée, il y a une réelle présence et un captage fouillé. Cette image sonore trahit un certain déséquilibre des pupitres, les cordes, d’ailleurs dures et métalliques, prenant largement l’ascendant sur des cuivres et des percussions très en retrait, généralement sans impact. A cette image instrumentale soignée mais inaboutie vient s’ajouter dans la Deuxième symphonie un choeur superbe, à la justesse irréprochable et à la puissance souveraine.
Avec son orchestre dominé par des cordes auxquelles il faut s’habituer (leur son rude et métallique n’a rien de très naturel), Poppen se montre assez inégalement inspiré dans sa façon de diriger ces symphonies. Sa direction est dramatique, engagée, elle veille aux contrastes et aux émotions avec des idées souvent bienvenues et intelligentes, mais les cordes ne sont pas toujours très correctement conduites, comme en témoigne le finale de l’Ecossaise, à l’accentuation maladroite et hachée, ou la transition vers l’Allegro dans le finale de la Cinquième, qui est un modèle de ratage et de précipitation tout à fait évident.
La Symphonie n°1 est enflammée, très motorique ; la direction de Poppen rend justice aux climats fiévreux, proches des plus passionnées des symphonies de Haydn et Mozart, rappelant aussi Wilms, de cette oeuvre de jeunesse à la violence toute romantique. Les couleurs des bois, chaleureux et présents (contrairement à des cuivres bien ternes) font merveille dans un très beau mouvement lent. La Deuxième symphonie, « Lobesgesang » (Chant de louanges), inspirée de la Neuvième de Beethoven dont elle reprend le langage choral exultant, est la mieux réussie de cette intégrale : le choeur est parfait, la ferveur et pour une fois, l’équilibre sonore de Poppen savent nous convaincre.
Dans l’Ecossaise et l’Italienne, de sérieux problèmes d’équilibre cordes/vents nuisent à l’enregistrement, mais la direction de Poppen est souvent intéressante et bien rendue par des choix habiles, comme dans l’Adagio de la Troisième, d’une célérité peu commune mais aux respirations irréprochables. En revanche, le finale de la même oeuvre déçoit par son manque de tenue et de mordant, tout comme le trio du troisième mouvement de la Quatrième, qui ne respire pas et se hâte inutilement. Enfin, la Réformation est la grande déception du coffret : saccadée, hachée, sans poésie (quel premier mouvement frustrant, violent mais sans « fuoco » !), à l’Andante interminable, totalement statique, et au finale sans ferveur.
Voici donc une intégrale inégale et inaboutie, qui ne renversera pas nos références habituelles.
Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), Les 5 symphonies
Sibylla Rubens, soprano
Claudia Manhke, mezzo-soprano
Christoph Prégardien, ténor
Chor des Bayerischen Rundfunks
Deutsche Radio Philharmonie
Christoph Poppen, direction.
3 cds Oehms Classics OC 709