La Patrie de Rafael Kubelik
Peu de chefs sont aussi intimement liés à cette partition que l’a été le grand Rafael Kubelik. C’est lui qui dirigea ce cycle emblème de la résistance pour fêter la libération du pays en juin 1945, lui qui décida que cette œuvre serait donnée en ouverture de chaque « Printemps de Prague », c’est Má Vlast qu’il choisit pour ses retrouvailles avec la Philharmonie Tchèque, en 1990, et pour son dernier concert au Japon.
Une abondante discographie témoigne de cet attachement. Cette bande vidéo est la captation d’un concert de 1984 d’abord paru en disque chez Orfeo, son avant-dernier enregistrement avant le concert pragois (Supraphon).
Cette dimension historique et cette indentification de l’œuvre au chef donnent un poids particulier à cette parution. Et l’on est frappé, en effet, du plaisir manifeste qu’éprouve le chef à partager une musique aimée avec ses musiciens. Son visage irradie de bonheur et l’on sent l’orchestre conquis par tant de sympathie communicative. À ce titre, ce concert est un document très émouvant.
Sur la plan musical, on retrouve ce mélange d’accents appuyés, de tension, de légèreté bondissante et d’élégance rythmique, typique à la fois de l’école de direction tchèque et de ce chef en particulier, avec cette chaleur des phrasés si caractéristique. Mais, dans l’ensemble de sa discographie, d’autres interprétations paraissent plus achevées sur le plan instrumental. Un flûtiste qui peine à s’installer dans le tempo au début de Vltava, des cordes guère irradiantes, des cuivres solides qui écrasent un peu les bois, autant de détails qui empêchent de placer cette interprétation au-dessus de celles enregistrées à Prague (Supraphon), Boston (Deutsche Grammophon) ou Chicago (Mercury). Bien sûr, la compréhension intime, l’amour évident de la partition, l’adéquation si parfaite du style font que cette version reste néanmoins des plus recommandable. Mais, sans doute, l’orchestre bavarois n’était pas la phalange idéale pour ce répertoire, manque de finesse de la sonorité dû sans doute en partie à un enregistrement plutôt épais - les disques avaient d’ailleurs laissé le souvenir d’un son plus aéré. La réalisation, quelconque (Dieu, que cette salle des Hercules est laide !), est on ne peut plus classique, malgré quelques effets de flous en surimpression d’un goût discutable dans Vltava. L’image, en 4/3, est bien piquée et la compression invisible, mais les couleurs un peu forcées rappellent l’origine vidéo.
En l’absence d’une version filmée du concert de 1990, qui se placerait sans doute au sommet de la vidéographie, ce beau document est néanmoins très fortement recommandé.
Bedrich Smetana (1824-1884), Má vlast (Ma Patrie)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Rafael Kubelik, direction.
1 DVD EuroArts Medici Arts 2072388. Filmé en 1984 à Munich. Couleurs 4/3, son PCM stéréo, Dolby Digital et DTS 5.1
Laurent Marty
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