Mahler par David Zinman, la quatrième symphonie

lundi 26 mai 2008 par Benoît Donnet

Nouveau jalon dans l’intégrale mahlérienne de David Zinman et de son orchestre helvète, la Quatrième symphonie, réputée moins chargée, mais pas pour autant moins redoutable que ses devancières, bénéficie ici d’une interprétation particulièrement soignée.

Quand on entend cette gravure de novembre 2006, et qu’on la compare à l’intégrale Beethoven de 1997-98, on ne peut qu’être ébahi par les immenses progrès de l’orchestre, et sa symbiose remarquable avec le chef : les cordes se sont arrondies, enrichies, les bois ont gagné en couleur, les cuivres en maîtrise. Désormais, on a là un orchestre très digne de rivaliser avec son homologue de la Suisse romande et de figurer dignement au palmarès des meilleures phalanges mondiales. Dans Mahler, sa sonorité détaillée et poétique fait merveille, même si on déplore, de manière épisodique, un léger manque d’impact des violons - séparés en deux de part et d’autre du chef. L’ensemble est très cohérent, clair, très bien réalisé, et l’on sent une véritable compréhension du travail du chef chez les instrumentistes.

David Zinman aborde cette oeuvre plus difficile qu’il n’y paraît avec une poésie, une simplicité de ton très idiomatiques, réussissant à rendre le climat détendu mais équivoque de l’oeuvre avec une clarté d’intentions tout à fait louable. Il signe un Ruhevoll particulièrement glorieux, d’une évidence qui frôle les meilleures versions, utilisant à plein et de façon très judicieuse le cantabile de sa belle formation - et le climax, sans prétention, mais d’une magie ineffable, est l’un des plus beaux qu’il nous ait été donné d’entendre. Le deuxième mouvement est presque du même niveau, très lisible (les cors !) et expressif. Dans le premier, Zinman alterne les moments d’inspiration les plus exquis à des passages plus faibles, à cause d’un manque d’impact dans les fortissimi (les deux climax, négociés un peu trop prudemment) ou de violons honorables mais un peu maigres (les envolées lyriques perdent du coup un peu de leur force expressive). Mais dans l’ensemble, il s’agit là d’une très bonne version, qui, à défaut de bouleverser toute la discographie, y apporte une contribution intéressante et tout à fait digne.

Il faut quand même se pencher sur le problématique finale. Il superpose en effet l’excellent- le superlatif, même - et le très moyen. Luba Orgonasova est peut-être, comme le souligne le livret, l’une des « sopranos lyriques les plus recherchées », mais très franchement, on ne perçoit pas très bien pourquoi à l’écoute : son timbre acide, son manque de charisme et de puissance, sa prononciation étrange ne font pas de son intervention une très glorieuse et mémorable réussite. Quelle déception après le remarquable tableau brossé par Zinman dans les mouvements orchestraux ! Et cela est d’autant plus frustrant que le travail d’accompagnement de Zinman, dans ce finale, atteint des sommets de poésie, de luminosité et de minutieuse précision qui n’ont peut-être jamais été égalés (écoutez les cordes en sourdine, après le premier retour des grelots...). Le regrettable bémol qu’il faut mettre à cette nouvelle interprétation n’en est que plus douloureux encore : on a peine à ne pas la recommander, tant la lecture de Zinman est attachante et sa phalange remarquable...

- Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°4 en Sol majeur
- Luba Orgonasova, soprano
- Tonhalle Orchester Zürich
- David Zinman, direction
- 1 SACD RCA 88697 16852 2. Enregistré les 13 à 15 novembre 2006 à la Tonhalle Zürich



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