Some tea, dear Ludwig ?

lundi 19 juillet 2010 par Laurent Marty

Ce n’est guère par amour de l’art, mais plutôt contre monnaie sonnante que Beethoven s’était décidé à arranger un ensemble de chansons écossaises, galloises et irlandaises pour l’éditeur Thomson. Pourtant, le résultat dépasse de loin ce que l’on peut attendre d’une œuvre alimentaire. L’accompagnement pour trio avec piano respecte la qualité populaire de ces mélodies folkloriques, tout en leur donnant une vraie substance musicale. L’édition complète Beethoven de Deutsche Grammophon nous avait permis de découvrir ce pan inconnu de la production beethovénienne. Une véritable révélation, en partie grâce à la grande qualité de l’interprétation qui réunissait Felicity Lott, Thomas Hampson et d’autres moins connus mais tout aussi excellents.

Cette anthologie de Lynne Dawson ne se situe pas dans la même catégorie esthétique. L’accompagnement a été confié à des instruments « d’époque », c’est-à-dire que l’on entendra ici des cordes sans vibrato ou presque et un pianoforte, bel instrument sur lequel on aurait aimé avoir quelques informations. Surtout, la variété que l’édition intégrale avait trouvée en alternant les registres, est absente ici.

La voix de Lynne Dawson, d’une grande fraîcheur, ne cherche pas à donner une ampleur opératique à ces mélodies simples. Plus qu’en récital, nous sommes ici quelque part en Angleterre, vers 1818, invité à un thé musical par des voisins campagnards dont la fille a un charmant talent musical. En fermant les yeux, on se prendrait presque pour Edward (ou l’infâme Willoughby, selon votre nature) invité chez les Dashwood. Cela ne va pas sans quelques blancheurs dans l’aigu, mais le timbre possède un charme certain, légèrement acidulé.

Le trio accompagnateur est un peu déséquilibré, clairement dominé par le pianoforte très actif de Bart van Oort. Le violon, par contre, se limite parfois à un petit filet aigrelet. Un peu trop de citron dans le thé, en quelque sorte…

Pas sûr que l’écoute intégrale de ce disque ne provoque pas un début de picotement des yeux, prémonitoire d’une sieste bienvenue ; son charme très volatil se dissipe vite. Mais, par petites touches, il se laisse aimablement déguster.

Comme toujours, chez Berlin Classics, pas de texte français ni de traduction des poèmes, ce qui est fâcheux.

- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Chansons anglaises op. 108 N° 6 ; WoO152 N° 2, 11, 13, 16 ; WoO153 N° 4, 6, 16, 17, 20 ; WoO155 N° 4, 6, 7, 13, 15, 17, 18, 19, 20, 23, 25
- Lynne Dawson, soprano
- Alida Schat, violon
- Jaap Ter Linden, violoncello
- Bart Van Oort, pianoforte
- 1 CD Berlin Classics 0016392BC. Enregistré à Cologne en août 2008.



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