La Sonnambula à New York : Une mise en scène contemporaine et peu inspirée
Depuis quelques années, La sonnambula, souvent donnée en version concert auparavant, connait un retour en grâce auprès des directeurs de théâtre. Decco nous propose dans ce DVD la captation de la production du Metropolitan Opera de New York donnée en mars 2009 avec une distribution convaincante et homogène dans l’ensemble, mais une mise en scène quelque peu tirée par les cheveux, et même sans véritable intérêt.
Mary Zimmerman a eu l’étrange idée de transposer l’intrigue dans une salle de répétition contemporaine où une troupe dirigée par Lisa, qui n’est plus aubergiste mais metteur en scène, prépare une production de La Sonnambula. Cela aurait peut-être pu réussir s’il y avait un minimum de direction d’acteur, des costumes cohérents, un semblant de réalisme (avec par exemple des chalets, un moulin, une auberge et des montagnes en arrière plan), des ébauches de décors correspondant aux scènes (et non un décor unique hideux et un tableau noir indiquant les lieux), y compris pour la scène de somnambulisme, ici peu inspirée. Quant à la scène finale elle est aussi ridicule qu’à Paris, sans l’aspect diva hystérique de la production parisienne : Amina, enfin devenue une jeune fille suisse, exécute un pas de danse pendant que le comte Rodolfo devient un sosie de Napoléon Bonaparte et qu’Elvino met enfin un costume de jeune homme. Cette scénographie terne et sans idée fait donc de cette Somnambule une production peu inspirée.
Vocalement, en revanche le Metropolitan Opera a réuni une distribution digne de sa réputation. Natalie Dessay en Amina est en deçà de sa prestation lyonnaise, mais meilleure qu’à Paris, où malade, elle peinait à assumer un rôle vocalement assez lourd. Si la diva assure encore les aigus et les médiums sans pouvoir empêcher ici et la des microcoupures, les graves sont déjà écrasés et ternes, et scéniquement elle ne peut compter que sur son talent de comédienne pour camper une Amina fragile et humaine. Juan Diego Florez qui interprète Elvino surprend très agréablement : la voix n’est jamais forcée, les aigus sont flamboyants et il n’en rajoute pas dans les ensembles. A l’instar de Natalie Dessay, le jeune ténor péruvien ne doit compter que sur lui même pour faire d’Elvino le jeune homme à la fois naïf, comme les autres villageois il ne connait pas le somnambulisme, amoureux et jaloux.
Dominant la distribution de la tête et des épaules, Michele Pertusi en Rodolfo, rôle qu’il incarnait aussi à Paris, est remarquable tant vocalement que scéniquement, et grâce à un réel sens de l’humour, c’est lui qui donne le « LA » pour ce qui concerne la scénographie lorsqu’il est sur scène. Parmi les rôles secondaires, Jennifer Black incarne une Lisa mordue de jalousie de très belle tenue, Jane Bunnell est une Térésa très honorable et Jeremy Galyon est un Alessio méritoire. Si les choeurs du Metropolitan Opera font preuve d’une belle musicalité, scéniquement ils font ce qu’ils peuvent dans cet espace confiné, peu pratique et franchement triste. Evelino Pido qui connait parfaitement l’œuvre, se montre certes attentif à ce qui se passe sur le plateau, mais un peu plus d’énergie, comme c’était le cas en 2006, aurait été bienvenue.
Vincenzo Bellini (1801-1835), La sonnambula, opéra en deux actes ; livret de Felice Romani
Mary Zimmerman, mise en scène ; Daniel Ostling, décors ; Mara Blumenfeld, costumes ; T.J. Gerckens, lumières, Daniel Pelzig, chorégraphies
Natalie Dessay, Amina ; Juan Diego Florez, Elvino ; Michele Pertusi, il conte Rodolfo ; Jennifer Black, Lisa ; Jane Bunnell, Térésa ; Jérémy Galyon, Alessio ; Bernard Fitch, il Notaro
The Metropolitan Opera Chorus
The Metropolitan Opera Orchestra
Evelino Pido, direction
1 DVD DECCA 074 3357
Hélène Biard
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