Armes Schumann
Il est des enregistrements que l’on est bien embêté d’avoir à chroniquer. Ainsi de celui-ci. Piet Kuijken (fils de Wieland) est un excellent pianiste, au jeu techniquement assuré, simple et direct. Ses interprétations de Schumann privilégient une certaine combativité à la finesse. Cette fougue laisse peu de place à la poésie, mais la maîtrise évidente du pianiste, sa capacité à clarifier les contrepoints les plus touffus lui réservent une place honorable dans la discographie. Le programme, de plus, est très homogène, présentant quelques grands cycles des années 1838-1839.
Mais voilà, il a choisi d’enregistrer ce disque sur un piano Streicher de 1850, approximativement contemporain des œuvres, donc. D’abord, comme le dit l’interprète dans son excellente notice, Clara Schumann, si elle semble avoir occasionnellement apprécié un Streicher, ne jouait en concert que sur des Grotrian Steinweg. Le choix d’un Streicher n’est donc pas plus valide en soit que celui de tout autre piano de l’époque - ou que d’un Steinway actuel, puisque les marques Steinweg et Steinway ont été fondées par la même famille sur les mêmes bases techniques.
Ensuite, il faut être bien naïf pour penser qu’un piano vieux de plus d’un siècle et demi, même restauré, sonne comme à l’époque de sa création. On sait que les pianos, de par la complexité de leur mécanique et, surtout, l’énorme traction exercée sur la table d’harmonie, sont des instruments qui vieillissent généralement fort mal. Imagine-t-on d’aller chercher un Yamaha de concert des années 60 pour jouer la Sonate n° 3 de Boulez ? Non, car il y a de fortes probabilités pour qu’il ne soit plus qu’une pauvre gamelle injouable.
Sans être à proprement parler une gamelle, le Streicher entendu ici est un handicap sérieux pour l’appréciation de cet album : sonorité cartonneuse ; basses anémiques ; accord instable ; manque de précision de la sonorité, mal étouffée. Difficile de prendre du plaisir à tout cela. Le fétichisme de l’ancien a ses limites, et tout ce qui est vieux n’est pas patrimonial ou historique - en matière d’instrument comme pour le reste.
Robert Schumann (1810-1856), Novelettes op. 21 ; Scènes d’enfants op. 15 ; Humoresque op. 20 ; Arabesque op. 18 ; Blumenstück op. 19 ; Trois romances op. 28 ; Nachtstücke op. 23
Piet Kuijken, piano (?)
2 CD Fuga Libera FUG562. Enregistré à Bruxelles en mai 2007 et septembre 2009.
Laurent Marty
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