Une belle énième de Mahler
La Symphonie n°5 de Mahler est une œuvre si régulièrement enregistrée qu’on ne peut manquer d’être dubitatif devant toute nouvelle parution. Même si Markus Stenz en réussit une interprétation brillante, difficile à prendre en défaut, l’intérêt de ce disque foulant le chemin ouvert par mille autres ne saute pas aux yeux.
Il y a pléthore de « bonnes » Cinquièmes de Mahler disponibles pour le mélomane. On pourrait citer, entre autres et sans exhaustivité, Bernstein, Sinopoli ou Abbado chez DG, Solti ou Chailly chez Decca, Scherchen chez Tahra, Walter chez EMI ; et bien entendu de nombreuses autres lectures intéressantes et accessibles à faible prix. A quoi bon publier un nouvel enregistrement d’une œuvre si incessamment rebattue ? La question se pose d’autant plus que Markus Stenz, pour talentueux qu’il soit, n’apporte rien de véritablement nouveau à notre vision de l’œuvre, et sa version, qui s’écoute avec plaisir, et ne manque pas de qualités, ne se distingue pas dans son professionnalisme très prévisible d’exécutions plus originales (Sinopoli) ou plus exaltantes (Bernstein).
Markus Stenz dirige la Symphonie n°5 de Mahler avec une bonne compréhension du texte hégélien, un souci louable des équilibres, des contrastes et de l’efficacité – les tempi étant généralement vifs, sans être hâtifs, et le propos toujours dramatique. S’appuyant sur un orchestre habile, démontrant un bon « feeling » pour le dosage des cuivres et des percussions, Stenz ne se fait remarquer ni dans un sens, ni dans un autre ; d’un « goût » éprouvé, tout à fait conforme à ce que l’on a l’habitude d’entendre dans Mahler (avec tout de même un scherzo bien balancé qui évite le piège du pastoralisme un peu plat), sa version se laisse apprécier, bénéficiant d’une sonorité brillante et de beaucoup d’énergie ; mais elle ne justifie aucunement l’acquisition d’un énième version de ce que nous connaissons déjà…
Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°5
Gürzenich-Orchester Köln
Markus Stenz, direction
1 cd Oehms Classics OC 650. Enregistré à la Probensaal der Stast, Bühnen Köln les 26-29 janvier 2009