Nobuko Imai : a écouter et à réécouter

mardi 1er juin 2010 par Madeleine Stempin

Nobuko Imai compte aujourd’hui parmi les grandes figures d’interprètes savants sur la scène internationale. Soliste très prisée, chambriste renommée et remarquable pédagogue, l’altiste japonaise ne cesse de briller. Son abondante discographie propose plusieurs incontournables de l’alto soliste et chambriste. Nous l’aurons compris, Nobuko Imai est devenue une référence pour tous ceux qui voudraient s’ouvrir au monde confidentiel de l’alto.

Sans grande surprise, son dernier disque solo nous offre un grand moment de musique. L’altiste y joue avec l’Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève dirigé par Gábor Takács-Nagy. Dans ce nouveau disque, Nobuko Imai nous fait voyager au travers les folklores imaginaires de deux des plus grands compositeurs du début du XXème siècle : Béla Bartók avec son Concerto pour alto et orchestre et Paul Hindemith avec Der Schwanendreher, concerto basé sur des chants populaires anciens. Au centre, l’orchestre interprète la Nuit Transfigurée d’Arnold Schönberg dans sa version pour orchestre à cordes. Bref, trois pièces de premier choix pour un disque de haute tenue.

Nobuko Imai dompte les difficultés des deux concertos avec une grande intelligence musicale et beaucoup de goût. La soliste met en valeur le lyrisme issu des chants populaires en nous dévoilant une palette sonore extrêmement riche et colorée. Sans perdre le caractère et le dynamisme propres à ces musiques, Nobuko Imai fait preuve de raffinement là où d’autres paraissent parfois exagérément violents ou, au contraire, trop pesants. L’altiste nous ouvre vraiment les portes d’un alto mature et épanoui. Elle vit pleinement chaque note, au plus grand plaisir de l’auditeur, et son interprétation du second mouvement du Concerto pour alto de Bartók et du premier mouvement de Der Schwanendreher sont particulièrement touchantes.

La qualité de l’orchestre est également agréablement surprenante. Ses jeunes musiciens ont su établir une masse orchestrale généreuse et équilibrée. Déjà très à l’aise dans l’accompagnement des concertos, l’orchestre nous offre une très belle interprétation de la Nuit transfigurée. Exaltation et dramatisme y sont à leur paroxysme dans cette partition de jeunesse teintée de romantisme tardif où se mêlent des harmonies wagnériennes captivantes, une technique de variation chère à Brahms, sans oublier le langage propre au jeune Schönberg, encore bien loin du dodécaphonisme mais déjà très audacieux. Les musiciens mettent finement en valeur les différents visages de cette musique haute en couleurs. Immergé dans une atmosphère poétique et mystérieuse, l’auditeur profite...

- Bela Bartok (1881-1945), Concerto pour alto et orchestre Op. posth.
- Arnold Schoenberg (1874-1951), Verklärte Nacht Op.4
- Paul Hindemith (1865-1963), Der Schwanendreher, Concerto pour alto.
- Nobuko Imai, alto
- Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève
- Gábor Takács-Nagy, direction
- 1 cd Pan Classics PC10215



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