Un bel objet de curiosité
Longtemps ignoré des mélomanes en dépit d’une production abondante, Alexandre Tansman est aujourd’hui redécouvert, et de plus en plus enregistré [1]. Ce disque rassemble sa musique pour violoncelle et piano. Sans bouleverser nos habitudes, il plaira aux amateurs d’un « XXème siècle soft », où dissonances et éclats harmoniques ne sont pas exclusifs d’un beau lyrisme.
Le style de Tansman se caractérise d’abord par son éclectisme, très « de son temps ». Homme mondain, ami de Roussel, de Stravinsky, de Poulenc, du groupe des Six, Tansman mêle les héritages et les influences avec plus ou moins de bonheur, mais toujours une belle habileté. A vrai dire, le trait le plus saillant dans ce disque, du moins dans les pièces des années 1930, est l’écho scriabinien des harmonies, qui baigne par exemple les Deux pièces, et qui, dans la Fantaisie, plus tardive, se mêle à des relents de Ravel et à un néoclassicisme dansant plus proche de Stravinsky, voire de Milhaud, dans la section centrale. La sonate n°2 est une œuvre remarquable d’unité et d’élan, qui nous semble la plus aboutie, la plus soignée de celles que l’on entend ici. La Partita, qui est datée d’après-guerre (1955), mais marque plutôt une régression dans le style (les harmonies soyeuses héritées de Scriabine ont disparu, au profit d’un langage épuré, absolument pas moderne), est également attachante mais l’inspiration de Tansman y est moindre. Enfin, les Quatre pièces tardives, d’une durée totale inférieure à cinq minutes, ne sont pas très mémorables et ressemblent à de charmants exercices pour violoncellistes.
Cette brève description donne une idée du contenu du disque : en dépit de ses beaux moments, comme la Sonate ou la Fantaisie, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. La durée totale (52 minutes) est déjà insuffisante, et les deux dernières œuvres ne nous ont pas réellement séduit ; de sorte que c’est surtout un sentiment de frustration qui demeure. Plutôt que de coupler toute la musique pour violoncelle et piano, Dux aurait mieux fait d’enregistrer plus largement un disque consacré à la musique de chambre de Tansman, qui nous aurait sûrement réservé de plus heureuses surprises, car le compositeur, malgré son éclectisme, n’avait rien d’un académique et a écrit de nombreuses pièces autrement plus passionnantes que celles-ci. Ceci dit, il faut saluer la prestation magnifique de Jan Kalinowski au violoncelle, qui dispose d’un son nourri et d’une admirable lecture des phrasés, et de son compère Marek Szlezer au piano, qui sait lui fournir un accompagnement poétique, discret et en un mot remarquable – et qui plus est, fort bien capté par les micros de Dux.
Un disque qui pèche par faute de contenu, mais sûrement pas de goût.
Alexander Tansman (1897-1986), Deux pièces pour violoncelle et piano (1931) ; Sonate n°2 pour violoncelle et piano (1930) ; Fantaisie pour violoncelle et orchestre ou piano (1936) ; Partita pour violoncelle et piano (1955) ; Quatre pièces tardives pour violoncelle et piano (non datées)
Cracow Duo : Jan Kalinowski, violoncelle ; Marek Szlezer, piano
1 cd Dux DUX 0697. Enregistré les 23-25 janvier 2009 à l’Académie musicale de Cracovie
[1] le cycle de ses neuf symphonies est paru l’année dernière