Les symphonies de Martucci chez Naxos
Les deux symphonies du compositeur italien Giuseppe Martucci, symphoniste avant Malipeiro et Respighi, paraissent aujourd’hui chez Naxos sous la direction de Francesco La Vecchia. Ces œuvres relativement intéressantes pourront intéresser les amateurs de « romantisme alternatif ».
Giuseppe Martucci hérite d’une culture germanique solide et bien digérée, qui mêle assez habilement Schumann, Brahms et surtout Liszt, qu’il nous a semblé souvent « entendre » en écoutant ces deux symphonies bien charpentées du XIXème siècle tardif. Martucci y manifeste un sens de la dynamique, du contraste et de la construction qui en font un compositeur très honnête. Qui plus est, ses symphonies ont un certain charme, au moins occasionnel, dont la substance est un talent mélodique très latin et parfois bien exploité (dans les mouvements lents par exemple). Si le compositeur cède par moments aux sirènes d’un certain académisme (le premier mouvement de la Première symphonie évoque les volets analogues des symphonies de Glazounov, par exemple : une belle solidité structurelle mais des déploiements un peu vains), il sait aussi animer une dramatique orchestrale que renforce un sens certain de l’instrumentation, qui fait écho à Bruckner et à Liszt.
La Symphonie n°1 est imparfaite, avec son mouvement introductif ennuyeux, mais recèle de très beaux passages, notamment le gracieux, mendelssohnien Andante et le très puissant finale, sûrement le volet le mieux construit et le plus tendu de tous. La Symphonie n°2 recèle plus d’énergie et maintient plus solidement le flux du discours. Le mouvement lent en est le plus intéressant, avec son lyrisme délicat et finement contrasté avec l’irruption d’un propos plus dramatique. Le finale retrouve une verve plus schumanienne qui nous semble aussi moins soutenue.
Les compléments proposés sont généralement des orchestrations de pièces pour piano, bien réalisées mais d’un intérêt évidemment secondaire. Fait exception l’Op.58, sur le disque de la Deuxième symphonie –mouvement d’un quart d’heure intitulé « Thèmes et Variations », et introduisant, aux côtés de l’orchestre, un piano soliste, il exploite une veine sentimentale qui ne manque pas de sincérité ni d’imagination. C’est, en fait, la pièce la plus plaisante de l’ensemble. Dommage que le piano y soit, de façon audible, fort mal accordé. La réalisation est en effet généralement assez moyenne dans ces disques : l’orchestre ne joue pas mal, mais il est enregistré de trop près, et le micro laisse entrevoir les carences, notamment en termes d’uniformité des cordes et d’harmonisation des timbres. La direction est sincère mais moins soutenue et apparemment plus fragile que celle, préférable, de Kees Bakels chez BIS, qui couple d’ailleurs les deux symphonies.
Giuseppe Martucci (1856-1909), Symphonie n°1 en ré mineur, op.75 ; Orchestrations de pièces pour piano : Gigue Op.61 (n°3) ; Canzonetta Op.65 (n°2) ; Andante Op.69 (n°2) pour violoncelle et orchestre ; Notturno, Op.70 (n°1)
Andrea Noferini, violoncelle
Symphonie n°2 en Fa majeur Op.81 ; Orchestrations de pièces pour piano : Thème et Variations Op.58 pour piano et orchestre ; Gavotta Op.55 (n°2) ; Tarantella Op.44 (n°6)
Lya de Barberiis, piano
Orchestra Sinfonica di Roma
Francesco La Vecchia, direction
2 cds NAXOS 8.570929 et 8.570930. Enregistré en oct.2007, en mars et en avril 2008, à l’Auditorium de l’Orchestre symphonique de Rome