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vendredi 26 février 2010 par Vincent Haegele

Nouvel essai pour le label Naxos, qui avait déjà livré une Symphonie n°11 d’assez bonne tenue par l’Orchestre de la Radio Slovaque sous la direction de Ladislas Slovak, mais nettement moins aboutie que cet enregistrement réalisé par Vasily Petrenko et le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra. Une nouvelle intégrale Chostakovitch, prise de suite avec l’ascension de la redoutable « Année 1905 », qui de par son allure faussement réaliste-socialiste ménage les pires pièges qui soient. Pièges évités pour la plupart.

Vasily Petrenko choisit d’emblée de « donner du temps au temps » pour reprendre une expression consacrée et mener avec tranquillité la barque de l’histoire. Ayant choisi de décrire de façon subjective et terriblement réaliste les événements du dimanche sanglant survenus le 9 janvier 1905 (un événement qu’il ne connut pas mais qui marqua les membres de sa famille), Chostakovitch prit le risque d’écrire une partition très filmique, où les détails accrocheurs sont confiés principalement aux percussions et cuivres, tout en respectant quelques règles d’écriture et d’harmonies directement inspirées de l’époque classique (fugue, passacaille, contrepoint fleuri). Le résultat : quatre mouvements très vastes et un équilibre difficile à respecter entre les différentes forces de l’orchestre, traitées ici selon les codes de l’orchestre russe mais avec une forte tendance égalitariste puisque tous les pupitres se retrouvent au moins une fois à l’honneur ; un concerto pour orchestre déguisé en quelque sorte.

C’est d’ailleurs à cette dimension de concerto pour orchestre malgré lui que nous pensons à l’écoute de cette nouvelle version : privilégiant l’équilibre aux dynamiques assourdissantes (cf la version soit exécrable, soit réussie, selon les goûts de Rostropovitch avec le LPO), Vasily Petrenko parvient à donner une vision d’ensemble très claire mais dénuée de sentiments. Par peur d’en faire trop ? De donner dans le pathos de mauvais aloi ? On sous-estime trop souvent cette symphonie qui pourtant, recèle de véritables moments d’émotion et de grandeur non feints : du fait du contexte d’écriture, d’abord, du fait des ficelles parfois voyantes utilisées par Chostakovitch, mais qui ne l’étaient pas à l’époque (les compositeurs de musique de film sont passés par là et ont bien compris l’énorme potentiel de cette partition spectaculaire). Aussi, regrette-t-on parfois l’absence de « sang sur la neige » à l’issue de la célébrissime fugue dérapant sur l’orgie de percussions du deuxième mouvement, l’absence de frisson dans la marche funèbre du troisième et l’absence de folie dans la conclusion tonitruante du final. Malgré cela, on soulignera et louera la justesse de ton de l’orchestre et sa très bonne compréhension du texte original.

En définitive, peu de choses à redire, mais peu de choses à souligner : nous conseillerons cet enregistrement à ceux qui connaissent déjà l’œuvre et qui auraient envie d’entendre autre chose et s’attarder sur le détail. En revanche, nous ne pouvons que renvoyer à deux références indépassables pour cette symphonie : le première, enregistrée par Yevgeni Mrawinski lors du festival de Prague au milieu des années 1960 (Praga) et l’autre, plus récente, mais magistrale de bout en bout, par Oleg Caetani et son orchestre de Milan, peut-être le seul chef de notre époque à avoir compris et parfaitement analysé les ressources et le contenu invisible de cette partition.

- Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Symphonie n°11 en sol mineur Op.103 « L’année 1905 »
- Royal Liverpool Philharmonic Orchestra
- Vasily Petrenko, direction
- 1 CD Naxos 8.572082. Enregistré au Liverpool Philharmonic Hall les 22 et 23 avril 2008



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