Die Walküre par Simone Young : une assez bonne surprise

vendredi 19 février 2010 par Pierre Philippe

A l’heure où toute maison d’opéra semble devoir posséder un Ring au répertoire et en tirer une version commerciale, le Staatsoper de Hambourg nous propose donc ce deuxième volet d’une Tétralogie qui doit s’achever cette année, en 2010. Que dire de cette Walkyrie ? Qu’elle possède des points positifs, sans pour autant être passionnante : une bonne version de routine en somme.

Le Ring a connu des visions artistiques aussi nombreuses que variées : entre Knappertsbusch, Keilberth, Solti, Böhm ou Karajan (pour rester dans les plus marquantes), chacun a réussi à donner une couleur différente à l’orchestre. Et il faut bien l’avouer, c’est le parti pris de Simone Young qui est au final le plus intéressant dans cet enregistrement. Son orchestre est d’une grande clarté, se rapprochant de la vision très chambriste qu’avait imposée Karajan dans sa version de studio : jamais il n’y a de surenchère de décibels, même dans la chevauchée, qui peut pourtant facilement se transformer en charge de cavalerie. Toujours les cordes sont claires, les bois présents et les cuivres en retrait. Ces derniers seraient même presque trop absents par moments, enlevant un peu de puissance au tutti. Cette originalité est donc à saluer… mais en contrepartie certains passages en deviennent trop pâles.

La distribution semble partager la conception du chef d’orchestre, puisque même les voix puissantes que peuvent être Deborah Polaski ou Yvonne Naef ne font jamais étalage de leurs capacités. Mais commençons par les Walkyries qui tiennent très bien leurs rôles.

La Fricka de Jeanne Piland ne possède pas les attributs divins de cette gardienne des valeurs : la voix est trop sopranisante et manque de l’autorité qui peut faire plier Wotan. Du coup, le personnage reste assez plat et on se demande bien pourquoi elle a un tel ascendant sur ce père des dieux.

Mikhail Petrenko fait voyager son Hunding dans bien des lieux depuis quelques années. Très loin des grandes basses profondes qu’on entend souvent, il semble beaucoup plus jeune, avec un timbre assez clair, mais des graves qui font transparaître la puissance et la noirceur du personnage. Moins massif, mais plus insidieux, il impose un personnage plus complexe qu’à l’habitude mais tout aussi marquant.

Les deux jumeaux sont interprétés par Stuart Skelton et Yvonne Naef. Le premier possède la vaillance du personnage, mais on ne trouve pas dans son incarnation la poésie du rôle : cette voix quelque peu engorgée ne fait pas passer assez des nuances nécessaires, limitant Siegmund au fort guerrier. Yvonne Naef, quant à elle, n’est pas à l’aise dans les habits de Sieglinde. Possédant plutôt une voix faite pour Fricka, elle allège énormément sans pour autant réussir à faire frémir le personnage. De plus, les aigus sont difficiles. Du coup, cette jeune femme se retrouve vieillie prématurément.

Falk Struckmann est l’un des Wotan actuels les plus connus. Son portrait est en effet varié et personnel : il arrive à se détacher de ses grands aînés. La voix par contre semble quelque peu usée et se dérobe en de très brefs instants. Il possède la noblesse du ton, la hauteur de vue et cette humanité qui lui permet de s’attacher à ses enfants. Ainsi, ses entretiens avec sa fille sont très bien nuancés et vivants, alors que son grand monologue final possède la puissance du dieu alternant avec l’amour paternel pour celle qu’il se doit de châtier. Un très beau portrait.

Cette fille est chantée par une habituée du rôle, Deborah Polaski. A l’écoute de certaines de ses récentes interprétations, nous craignions le pire de cette Brünnhilde. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir une interprète sensible et musicale ! Elle semble avoir fait sienne les vues de la direction d’orchestre, ne poussant que très rarement son instrument dans ses limites. Du coup, même si le timbre reste un peu gris, les aigus sont plutôt bien négociés et le vibrato se fait discret. Son entrée reste tout de même problématique, mais la suite nous montre une chanteuse qui sait exactement quelles sont les zones sombres de son instrument et qui les contourne avec intelligence. Et du coup, la sensibilité ressort, nous permettant par exemple d’écouter une annonce de la mort de Siegmund très humaine et déchirante (alors que son partenaire n’est pas à ce niveau là).

Cette nouvelle Walkyrie est donc très loin d’être une référence, mais elle est un bon exemple de ce qui peut être produit actuellement dans ce répertoire, avec des prises de positions musicales assez franches. La distribution possède ses points faibles pour presque chaque rôle, mais ces défauts sont souvent compensés par des qualités indéniables. Rien de mauvais donc, et il faut en retenir cette direction fort intéressante et un Falk Struckmann très à l’aise en Wotan.

- Richard Wagner (1813-1883), Die Walküre
- Siegmund , Stuart Skelton ; Hunding , Mikhail Petrenko ; Wotan , Falk Struckmann ; Sieglinde , Yvonne Naef ; Brünnhilde , Deborah Polaski ; Fricka , Jeanne Piland ; Helmwige , Miriam Gordon-Stewart ; Gerhilde , Hellen Kwon ; Ortlinde , Gabriele Rossmanith ; Waltraute , Maria-Cristina Damian ; Siegrune , Katja Pieweck ; Rossweiße , Renate Spingler ; Grimgerde , Ann-Beth Solvang ; Schwertleite , Deborah Humble
- Philharmoniker Hamburg
- Simone Young, direction
- 4 cds OEHMS Classics, OC 926. Enregistré au Staatsoper de Hambourg, Octobre 2008.



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