Un Nabucco d’une sobriété récompensée
Nabucco a connu immense succès dès sa création en 1842, au Teatro alla Scala de Milan. Considéré comme le premier chef d’œuvre de Giuseppe Verdi, il rayonne encore aujourd’hui sur nos scènes d’opéra ; et cette captation réalisée par Arthaus nous en apporte une nouvelle preuve. Dotée d’une grande qualité sonore, elle invite le spectateur à prendre place dans la célèbre salle du Wiener Staatsoper.
D’emblée, l’énergie provenant de la fosse interpelle. Sous la baguette de Fabio Luisi, l’orchestre entame l’ouverture avec force et vigueur avant de poursuivre par une symphonie musclée. L’intensité, propre au maître italien, s’instaure ainsi directement, annonçant la force du drame. Cette force, relayée par les choeurs, ne trouve malheureusement pas son répondant dans la mise en scène. Malgré les quelques projections lumineuses et plusieurs idées intéressantes, comme les jeux d’ombre par exemple, elle ne semble trop souvent qu’un prétexte pour maintenir les personnages sur la scène. Les actes de violences sont quant à eux peu crédibles, et les retournements de situation paraissent dès lors plus que forcés.
Quels personnages pourtant ! Le charismatique Léo Nucci, dans le rôle-titre, offre une prestation bouleversante. De la même manière, la soprano Maria Guleghina, dans le rôle d’Abigaille, a su trouver un ton juste et troublant. Son chant délicat porte notamment l’air « Anch’io dischiuso un giorno » avec beaucoup de grâce. A leurs côtés, seul Giacomo Prestia, dans le rôle de Zaccaria, parvient véritablement à s’imposer. Outre sa voix de basse, son visage et sa démarche posée lui assurent un respect de circonstance. Véritable « gueule », comme on le dirait d’un acteur de cinéma, il jouit d’une grande présence à l’écran.
En dehors des qualités intrinsèques de la production, soulignons qu’une des principales réussites de cette captation réside dans la sobriété des prises de vue ainsi que des mouvements de caméra. Sans jamais tomber dans un voyeurisme déplacé, les différentes scènes sont filmées avec énormément de respect, voire même de pudeur. La lenteur des travellings, comme celle du montage, nous offre à voir un spectacle sans artifices supplémentaires. Dans ce cadre, la performance des chanteurs n’en devient que plus authentique, et dévoile toute sa sensibilité à l’amateur d’opéra.
Arthaus nous propose donc ici une captation de qualité, réunissant une distribution impressionnante. Entrer dans le célèbre opéra viennois pour assister à ce Nabucco, ne fut-ce que fictivement, restera une expérience délectable. Toutefois, si la sobriété de l’ensemble demeure un atout incontestable, il convient de se demander si celle du dvd, dépourvu de tout bonus, était réellement indispensable.
Giuseppe Verdi (1813-1901), Nabucco, opéra en 4 actes, livret de Temistocle Solera
Mise en scène, Günter Kramer ; décors, Manfred Voss & Petra Buchholz ; costumes, Falk Bauer
Nabucco, Leo Nucci ; Ismaele, Miroslav Dvorsky ; Zaccaria, Giacomo Prestia ; Abigaille, Maria Guleghina ; Fenena, Marina Domashenko ; Il Gran Sacerdote di Belo, Goran Simic ; Abdallo, Walter Pauritsch ; Anna, Renate Pitscheider
Les étudiants de l’école de ballet du Wiener Staatsoper
Wiener Staatsopernchor ; chef des chœurs, Ernst Dunshirn
Wiener Staatsopernorchester
Fabio Luisi, direction
1 DVD Arthaus Musik 107 099. Filmé à Vienne en 2001