Brahms par Ivan Fischer, une exécution à la mode ancienne

vendredi 22 janvier 2010 par Benoît Donnet

Le nouveau disque d’Ivan Fischer avec sa phalange hongroise, groupant la Première symphonie et les Variations Haydn de Brahms est convaincant et passionnant. Une exécution pleine de romantisme, de rubato et de vigueur, où l’on retrouve tout l’esprit et toute la spontanéité de la « quinte royale » des années 1950.

Difficile en effet, lorsqu’on entend cet orchestre plein et généreux, ces cordes assez sèches mais gorgées de portamenti, ces variations de tempo parfois étonnantes d’audace, ces tempi nettement plus vifs que ce à quoi on est habitué aujourd’hui, de ne pas penser au charme infini et peut-être jamais retrouvé des interprétations de Klemperer, Furtwängler ou bien Bruno Walter. C’est en particulier à celui-ci que la vigueur des accents, la sonorité très « fifties » des violons et la générosité départie de toute sensiblerie de la prestation d’Ivan Fischer, nous fait penser. Quel Brahms ! Après le décoiffage déjà fort convaincant réalisé à Pittsburgh par Marek Janowski, Ivan Fischer nous offre un nouvel angle de vue très original sur la Symphonie n°1, qui rappelle les exécutions de l’ère monophonique par sa flamboyance et son urgence (le premier mouvement, et ce dès l’introduction hâtée et tendue). Dans l’Andante, le chef réalise des prouesses de rubato qui déroutent à la première écoute, avec des articulations et des phrasés étranges mais au demeurant fort logiques. Très bien balancée et bien rendue par la prise de son, la sonorité de l’orchestre est intransigeante et ne laisse guère de place à l’hédonisme. Les cordes ne sont pas très nourries et les cuivres ont un timbre un peu âcre. Mais cette dimension ascétique sert le propos d’Ivan Fischer, qui ne s’abandonne jamais au romantisme pur et simple, comme en témoigne la violence du troisième mouvement ou la sauvagerie des développements dans le finale. Nous avons là une lecture racée, sévère mais non dénuée de pertinence, de cette célèbre symphonie.

Les Variations sur un thème de Haydn s’élèvent, selon nous, à un niveau d’excellence encore supérieur. Là où la pâte orchestrale pouvait encore manquer de rondeur dans la symphonie, Ivan Fischer trouve, dans les Variations, un équilibre parfait, qui ménage – comme d’ailleurs dans la symphonie– une belle lisibilité et des effets de masse bien dosés. Par ailleurs, le choix des tempi, souvent vifs, et des contrastes, est d’une profondeur absolue, avec peut-être une nuance pour la variation la plus lente, où le rythme de sicilienne est un peu trop accentué et pas assez rêveur. Dans l’ensemble c’est tout de même bien plus que recommandable : Ivan Fischer trouve le bon ton dans une œuvre qui, mal interprétée, tendrait vite à devenir ennuyeuse et académique. Ici la fraîcheur des coloris (les bois) et l’originalité de la direction compensent tous les menus défauts.

Un disque remarquable.

- Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°1 en ut mineur op.68 ; Variations sur un thème de Haydn op.56a ; Danse hongroise n°14 (arrangement pour cordes de I. Fischer)
- Budapest Festival Orchestra
- Ivan Fischer, direction
- 1 SACD Channel Classics CCS SA 28309. Enregistré au Palais des Arts à Budapest en janvier 2009



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