Titan policée, Mahler un peu trop propre ?

samedi 9 janvier 2010 par Benoît Donnet

CSO Resound publie un nouvel enregistrement dirigé par Bernard Haitink, cette fois dans la Première Symphonie de Mahler, qu’il a déjà maintes fois enregistrée. Cette nouvelle lecture, parfois intéressante et orchestralement impeccable, ne nous semble pas toutefois atteindre réellement l’esprit de l’œuvre.

Bernard Haitink est un grand mahlérien dont nous ne voulons pas remettre les compétences en cause, loin de là. Avec le Concertgebouw, il a d’ailleurs livré une intégrale des symphonies proprement remarquable, recommandable à de multiples titres. Mais cet enregistrement de concert, retouché en studio pour correction, réalisé à Chicago ne nous convainc pas vraiment. Si la direction est irréprochable, toujours professionnelle et pas franchement routinière, si la prestation de l’orchestre ne laisse techniquement rien à redire, l’auditeur en vient toutefois à se demander la raison d’être d’un tel disque, et ce dès le deuxième mouvement, qui, en dépit de la beauté charmeuse du Ländler central, manque assez cruellement d’engagement dramatique. Haitink dirige bien, avec moult idées, et notamment une belle mise en valeur de la polyphonie, accrue par la précision millimétrique de la prise de son. Le relief du premier volet est ainsi particulièrement bien rendu, tout comme la superposition de contrechants du troisième ; les cors en particulier sont toujours bien audibles, ce qui permet de constater toute l’étendue de leurs interventions. Les cuivres en général fournissent un excellent travail, avec toujours leur fameuse sonorité métallique et puissante, propre au Chicago Symphony. Le reste de l’orchestre n’est pas en reste. Tout cela est précis, parfait, bien réglé. Mais la vie n’y est pas, la musique ne s’anime pas et demeure assez platement uniforme, ainsi dans le finale, auquel l’élan fait défaut. Le troisième volet, en dépit de la beauté des cordes de l’orchestre, ne déploie ni ironie, ni même véritable poésie, et demeure en deçà de ce que nous offre habituellement Bernard Haitink en termes de finesse psychologique ou de sens des climats. Si le scherzo, où la vigueur des accents ne compense pas l’excessive retenue de l’avancée, est particulièrement symptomatique de ce caractère figé et quelque peu ennuyeux de la musique, le premier mouvement en est également l’illustration, balançant sans tenue d’ensemble entre contemplation et excitation. Toute la superbe de la machine orchestrale ne parvient pas à combler le manque de vie de cette lecture fournie mais inessentielle.

- Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°1 en ré majeur
- Chicago Symphony Orchestra
- Bernard Haitink, direction
- 1 cd CSO Resound CSOR 901 902. Enregistré en concert (1-2-3 mai 2008) au Symphony Center de Chicago



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