La musique d’Anton Arensky

dimanche 20 décembre 2009 par Benoît Donnet

Arensky fut un compositeur russe, contemporain de Glazounov, élève de Rimski-Korsakov, professeur de Rachmaninov et de Scriabine. Une place d’intermédiaire que traduit une musique romantique de belle facture, mais dénuée d’originalité.

L’œuvre d’Arensky nous est ici présentée à travers un scherzo pour orchestre, une marche, une fantaisie pour piano et orchestre, et surtout avec le concerto pour piano, œuvre substantielle d’une demi-heure. On y découvre un musicien encore tourné vers le passé, comme l’a été Glazounov, mais chez qui le souci du formalisme classique cher à ce dernier est remplacée par une verve romantique toute listzienne : l’influence du célèbre Hongrois pèse de façon presque excessive sur le concerto, œuvre séduisante et parfois même émouvante, mais dont on pourrait tout aussi bien penser qu’elle est de la plume de Liszt, et qui perd en personnalité ce qu’elle gagne en poésie un peu passéiste et en tous cas attendue. Nous nous trouvons dans l’univers si rebattu du concerto romantique virtuose et célèbre, où sections chopiniennes alternent avec passages plus éclatants et d’un aspect quelque peu extérieur. L’œuvre a toutefois une vraie puissance d’évocation et plaira assurément aux amateurs du genre, mais il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’à un remake du deuxième concerto de Liszt.

Le reste du disque montre une personnalité plus affirmée et un ancrage plus profond dans la musique russe, dont des thèmes folkloriques sont d’ailleurs exploités dans la très belle et très dense Fantaisie pour piano et orchestre, où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Le scherzo symphonique, qui rappelle Rimski ou le Tchaïkovski de la période de jeunesse, ne manque pas de panache mais ne semble pas inoubliable. La marche « en mémoire de Suvorov » présentée en complément est plus intéressante que les multiples contributions de Glazounov au genre, avec un thème large et un lyrisme généreux, mais il n’y a guère là de quoi révolutionner vos écoutes.

La réalisation du disque est soignée, avec notamment l’avantage d’une prise de son qui rapproche l’orchestre – peut-être même trop – et met bien en avant les bois, mais l’exécution paraît pécher par un certain manque de rigueur et d’organisation, donnant le sentiment d’une certaine confusion décevante. Le pianiste est irréprochable, son instrument, mal accordé, un peu moins.

Un témoignage intéressant pour les spécialistes mais non essentiel pour le mélomane.

- Anton Stepanovich Arensky (1861-1906), Concerto pour piano en fa mineur op.2 ; Fantaisie sur des thèmes folkloriques russes op.48 ; Scherzo symphonique ; En mémoire de Suvorov (Marche pour orchestre)
- Konstantin Scherbakov, piano
- Orchestre philharmonique de Russie
- Dmitry Yablonsky, direction
- 1 cd Naxos 8.570526. Enregistré au studio n°5 de la Télévision d’Etat russe à Moscou du 6 au 17 mars 2008



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