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Le Sibelius ascétique d’Inkinen

mardi 6 novembre 2012 par Gilles Quentel

Pietari Inkinen, récemment nommé à la tête du New-Zealand Symphony Orchestra à la suite de James Judd ne pouvait, en qualité de compatriote, éviter de passer par Sibelius. S’il a été démontré qu’il n’était pas indispensable d’être Finlandais pour exceller dans Sibelius (voir John Barbirolli, Leonard Bernstein, Sixten Ehrling ou Colin Davis) et qu’en être un n’était pas forcément un gage de qualité (Paavo Berglund), Pietari Inkinen se tire plutôt bien de l’épreuve avec une interprétation très contenue, peu expansive et d’une magnifique clarté d’exécution. Il n’y a pas un décibel de trop.

La Symphonie n°4 de Sibelius est une œuvre isolée dans la série : en rupture brutale avec l’atmosphère mythique et chatoyante des trois premières, beaucoup plus abrupte aussi que les trois suivantes. L’explication à ce soudain accès d’âpreté est à chercher dans la vie du compositeur, enfant prodigue de la bourgeoisie suédoise de Finlande, fumeur et buveur invétéré qui voit soudain sa santé vaciller et la mort le menacer. Finis les excès, donc : le thème introductif de l’œuvre « âpre comme le destin », selon les mots du compositeur, vient rappeler que la vie n’est pas que jouissance et plaisirs.

Au cours d’une conversation au sommet avec Mahler en 1907, il avait expliqué à son collègue viennois que la symphonie était, selon lui, un genre au style sévère gouverné par une profonde logique thématique, point de vue que ne partageait pas Mahler, comme on s’en doute, pour lequel la symphonie était « comme le monde et devait tout embrasser ». Cet échange révèle en tous cas, par contraste avec la conception mahlérienne du genre, l’importance qu’accordait Sibelius à la rigueur formelle, considérée comme une finalité en elle-même. De ce point de vue, la sévère Quatrième symphonie peut être vue comme un aboutissement : austère, rigoriste, essentialiste. Elle n’est du reste pas sans rappeler Tapiola, l’ultime œuvre du compositeur, qui possède ce même caractère abrupt, austère et économe en moyens orchestraux, ce même charme contenu qui ne se révèle qu’à l’auditeur attentif. Dans un certain sens, Sibelius aura été cohérent avec sa vision de la musique jusqu’à la fin : après l’austérité de Tapiola vint l’ascétisme du renoncement : il ne composa plus rien du tout.

La Symphonie n°5 renoue dans une certaine mesure avec l’esprit mythique des trois premières, quoique pas avec la lettre, car l’écriture orchestrale s’est considérablement affinée entretemps. Il ne faut pas s’y tromper cependant, car sur le plan formel la Cinquième hérite du rigorisme d’écriture de la Quatrième : chaque mouvement ouvre sur un cor, lequel joue l’accord qui lui servira de fondation.

Pietari Inkinen donne de ces deux œuvres (et des cinq autres, car ce cd n’est qu’un volume d’une intégrale) une lecture distincte, claire et nuancée, aidé en cela par un orchestre aux textures claires et translucides, sans éclat ni excès. Si la Cinquième reste sans doute trop sur la réserve et manque un peu de souffle dans le final, la Quatrième est une superbe réussite, dirigée avec une pudeur et un sens du détail que l’on n’avait pas entendus depuis longtemps et qui force l’admiration. Après l’excellent James Judd, le New-Zealand Symphony Orchestra a trouvé là un nouveau chef à la mesure de ses capacités, et l’on ne saurait trop louer Naxos d’avoir révélé au monde l’excellence de l’orchestre comme celle du chef.

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- Jean Sibelius (1865-1957), Symphonies n°4 en la mineur Op.63 et n°5 en Mi bémol majeur Op.82
- New-Zealand Symphony Orchestra
- Pietari Inkinen, direction
- 1 cd Naxos 8.572227 enregistré au Michael Fowler Centre de Wellington en septembre et octobre 2009






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