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Holmboe entre divertissements et diversions

lundi 5 novembre 2012 par Fred Audin

Le premier volume de Musique de chambre de Vagn Holmboe (hors quatuors à cordes) présente des pièces dans des formations auxquelles il ne toucha qu’une seule fois : quatuors avec piano, avec flûte, trio à cordes. Il est évidemment intéressant de se confronter à cet ensemble, même si l’on ne parvient pas toujours à faire le tri entre pièces majeures et ce qui relève du simple divertissement ou de l’occasion. On sera tenté de ne conseiller ce disque qu’aux curieux, l’écoute risquant de ne provoquer pour ceux qui ne sont jamais entrés dans cette musique qu’un sentiment entre la perplexité, l’étonnement et la frustration d’avoir l’impression de ne pas parvenir à y pénétrer.

Primavera est à l’évidence une musique printanière comme le suggère immédiatement la présence de la flûte, la promenade nonchalante du premier mouvement, la conclusion brillante à 9/8 dans des ruissellements de piano qui évoquent des mouvements d’eaux vives. Ecrite peu après le premier quatuor officiel, la pièce retrouve des figurations de la nature mais se tourne vers une allégresse peu fréquemment présente dans la musique d’Holmboe. Un andante méditatif qui se poursuit dans l’introduction du troisième mouvement ne suggère pas moins un aspect sombre de la régénérescence de la nature, trouvant une deuxième section émouvante et grave qui paraît être le corps de l’œuvre.

Gioco est l’unique trio à cordes, très tardif (1983) d’Holmboe, puisque le numéro d’opus le situe immédiatement avant le Quatuor n°19. Le premier mouvement regarde vers les rythmes syncopés de la musique des Balkans qui influencèrent Holmboe dès les années 30. Le plus marquant reste la passacaille Adagio dont l’espace sonore est ouvert et bien défini. Le final est une fugue qui paraît combiner dans son sujet un rythme de gigue et se décompose dans un mouvement comme au ralenti. Il n’est pas forcément facile d’apprécier une pièce isolée d’Holmboe ; on y sent à l’évidence la maîtrise d’écriture, mais il devient complexe d’en évaluer la fonction à l’extérieur du corpus symphonique ou des quatuors à cordes.

Moins évident encore, lorsqu’on n’est pas soi-même instrumentiste, de se prononcer sur de la musique pour instrument seul, ici une sonate pour flûte. Une inévitable référence à Bach se présente dans cet opus 71 écrit (comme déjà Primavera) à l’intention d’Holger Guilbert-Jespersen, commanditaire du Concerto pour flûte de Nielsen, qui commence par un prélude et fugue, avec toute la difficulté technique que représente l’écriture d’une fugue, pourtant à deux, voire trois voix, pour un instrument monodique. Comme il s’en tire dans la fugue en naviguant constamment entre les registres, Holmboe reprend l’idée bartokienne de collage de pièces d’esprit divergent dans l’andante interrompu, créant à nouveau l’illusion d’une deuxième voix agitée qui vient perturber la pastorale. On admire le tour de force d’écriture, le jeu de Charlotte Norholt, qui réussit à dissimuler les reprises de souffle inesthétiques, mais peut-on se déclarer conquis par la musique, outre le fait qu’elle parvient à transcender l’exercice pour créer un discours ? Il y manque peut-être la qualité hypnotique d’autres pièces célèbres pour flûte seule pour avoir envie de réécouter. C’est habile, beau est une autre affaire.

Ballata opus 159 est un diptyque rhapsodique dans une formation de quatuor avec piano dont le premier mouvement introductif, à part une brève phrase de piano seul, fait plutôt la part belle aux cordes, dialoguant dans un style de musique populaire qui fait autant penser à la Hongrie qu’au Jutland. A l’abrupt prélude succède un mouvement papillonnant à refrain rempli de figurations en trilles. La section quieto laisse l’expression aux cordes seules, puis après un duo en gammes descendantes de cordes, à une curieuse cadence de piano, ce qui donne l’impression d’une opposition entre un groupe concertant et un ripieno à la manière du concerto grosso baroque, ou si l’on veut d’une espèce de « battle » entre les instruments de nature différente qui ne trouvent que rarement une union en tutti. Quoiqu’il s’en dégage un certain charme, on peine à comprendre de quelle nécessité procède cette musique à part peut-être d’un hommage à un folklore imaginaire.

Le Quartetto opus 90 se situe d’emblée dans une ambition beaucoup plus sérieuse comme en témoigne son titre abstrait non descriptif. Dans ce quatuor avec flûte contemporain du Quatuor à cordes n°9 (période d’incertitude dans la musique de chambre de Holmboe, engagé dans des révisions et un processus créatif de plus en plus austère, à la recherche d’une sincérité qui « évite les trucs ») on retrouve dès le premier mouvement l’esprit contrapuntique strict qui se prolonge dans un vaste lamento à l’accompagnement chromatique serré. La tension, violemment libérée au début du troisième mouvement se résout peu à peu à mesure que le rôle directeur de la flûte paraît se fondre mieux à la structure cyclique pour revenir enfin dans un apaisement au premier plan en application des techniques de métamorphose du matériel thématique peu à peu établi comme la technique compositionnelle prédominante de Holmboe.

Encore une fois, on éprouve devant l’œuvre une certaine admiration pour l’intégrité de la démarche et le fonctionnement technique du processus, mais au risque sans doute de demeurer extérieur à ce qui se passe. Il y a ici un perpétuel déroulement d’information dont on perçoit parfois la substance, sans vraiment parvenir à la replacer dans un contexte qui serait source de plaisir. C’est intrigant, mais l’interrogation glisse au point de ne laisser presque aucun souvenir de ce qui s’est produit.

Dans un autre genre, l’effet est comparable à celui des musiques de table de Telemann. L’interprétation est impeccable, quoiqu’en fin de compte on ait envie de dire aux musiciens : « Mais encore ? »

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- Vagn Holmboe (1909-1996), Primavera pour flûte, violon, violoncelle et piano Op.55 ; Gioco pour trio à cordes Op.155 ; Sonate pour flûte seule Op.71 ; Ballata pour violon, alto, violoncelle et piano Op.159 ; Quartetto pour flûte, violon, alto et violoncelle Op.90
- Ensemble MidVest : Charlotte Norholt, flûte
- Ana Feltosa (Gioco et Ballata), Matthew Jones (Quartetto), Karolina Weltrowska (Primavera), violon
- Sana Ripatti, alto
- Jonathan Siaalto, violoncelle
- Martin Qvist Hansen, piano
- 1CD Dacapo 8.226073. Enregistré au HEART –Herning museum of contemporary Art du 17 au 21 mai 2010 et le 9 juin 2010 (sonate)






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