Il est méritoire de cherche à compléter le programme des Six sonates pour violon seul d’Ysaÿe, qui forment la plupart du temps seules la matière de tout un disque, par le Divertimento opus 24, en suscitant la curiosité par la mention « premier enregistrement mondial », encore faudrait-il préciser premier enregistrement de la réduction pour violon et piano car ce Divertimento a été brillamment gravé chez CPO sur le disque Chant d’Hiver par Albrecht Laurent Breuninger il y a plus de douze ans. Pour faire passer cette version il aurait sans doute fallu une main encore plus sûre dans les Six sonates opus 27 qui précédent, promesse qui n’est qu’à moitié tenue.
Les fées se sont penchées sur la naissance du CD de « début » [2] de Mikhail Simonyan pour Deutsche Grammophon, faisant la preuve qu’il est possible avec un peu de volonté d’imposer à la marque de bons disques hors du répertoire rebattu. Même la présentation du livret échappe à l’habituel discours préfabriqué, révélant quelque chose de la vision des deux partenaires des concertos pour violon de Barber et Khatchaturian, couplage parfait et inédit. Deux, écrit-on, car le chef d’orchestre Kristjan Järvi, fils cadet de Neeme s’y montre comme le plus prometteur de cette brillante famille de chefs, réussissant à livrer en complément de programme une version de l’Adagio pour cordes à la hauteur des plus grandes références.
« Ramenée à ses moments les plus intenses, l’œuvre se déroule sur une heure dans une concision qui maintient en haleine », dit la pochette. En s’abstenant de lire la note d’intention prétentieuse et absconse qui résume le travail du transcripteur et directeur musical, Jean-Pierre Arnauld, on parvient à y croire jusqu’à la fin du prélude.
On a peu l’occasion de voir David Oïstrakh, malgré Jasha Heifetz ou Leonid Kogan, le plus grand violoniste de l’ère de l’enregistrement moderne, et encore moins son fils, Igor, au jeu plus intériorisé, quoique d’un égal talent. Comme il a arrêté de jouer assez tôt pour se consacrer à l’enseignement, on ne se rend pas compte qu’il fut célèbre avant son père, en Angleterre du moins, d’où nous viennent ces documents de télévision. Sans doute on a pu les voir de temps en temps ici ou là dans des émissions spécialisées, mais la curiosité est grande de savoir ce qu’a pu en faire ce premier enregistrement commercial destiné à un grand public.
C’est une belle idée, quoique peut-être pas des plus originales, que de présenter sur le même disque le Quintette opus 16 de Beethoven, et le Quintette KV452 de Mozart. L’effectif, en soi presque unique (piano, hautbois, clarinette, basson et cor), la tonalité, les trois mouvements (l’absence de menuet), jusqu’aux marques de mesures identique, tout rapproche en apparence ces deux œuvres, et l’interprétation entend le démontrer ici, grâce au pianiste tout d’abord, Herbert Schuch, qui souligne cette continuité en fabriquant un style qui convient autant aux deux compositeurs.
Georges Lentz est encore ce qu’on appelle un « jeune compositeur », entendez qu’il n’a pas cinquante ans. A en croire la notice, toute son œuvre procède d’un effroi devant l’espace infini, traumatisme qu’il ne cesse de renouveler par la contemplation du désert australien -devenu le pays d’élection de ce luxembourgeois-, et des astres, puisque les trois sections de ce triptyque inversé, fragment du Mystère Caeli enarrant (les cieux racontent) signifient dans différentes langues aborigènes une notion proche d’étoiles.
Il faut évidemment une conviction puissante en ces temps sinistrés pour lancer un nouveau label, particulièrement lorsqu’on s’adresse à un jeune public en tentant d’emporter l’adhésion par l’enregistrement d’une œuvre rare : c’est le pari que relève Vincent Figuri pour la série « Il était une fois », chez Salamandre. Winter Bonfire (le Bûcher d’hiver, ou Un feu de joie en hiver), est l’une des dernières créations originales de Prokofiev et l’une de ses oeuvres les moins connues ; elle bénéficie pourtant d’une musique chatoyante qui prend place, sans décevoir, entre Le conte de la Fleur de Pierre, et la Septième symphonie, destinée également, dans sa première version du moins, aux enfants.
Caillebotte, le nom est connu, par Gustave, le peintre des Raboteurs de Parquets, reconnu depuis les festivités du centenaire de sa mort, non plus comme un riche collectionneur des impressionnistes, mais comme l’un des grands peintres de son temps. Son frère, Martial apparaît en plusieurs occasions dans ses toiles, particulièrement dans les tableaux de canotage. On a reconnu depuis l’exposition de 2011, que Martial fut aussi, outre un philatéliste passionné, un pionnier de la photographie dans les années 1890-1910. On ignore encore qu’il fut un compositeur, et des plus sérieux, élève de Théodore Dubois, et condisciple de Debussy dans la classe de piano d’Antoine Marmontel.
Tous les disques de Kristian Bezuidenhout ont été encensés par la critique. Ne l’ayant jamais entendu, nous étions avide de le découvrir. Le traitement qu’il fait subir à deux concertos de Mozart, le n°17 et le n°22 aurait peut-être mieux convenu à Joseph Haydn ou à des œuvres plus marginales, peu enregistrées –Kozeluch, Johann Christoph Friedrich Bach- ce n’est pas le répertoire de pianoforte qui manque. Ici l’instrumentiste ne sert que son propre génie et entreprend de réviser les œuvres selon l’idée qu’il s’en fait dans l’instant. Ce qui serait encore une démarche valide en concert mérite-t-il d’être fixé en studio ? Les contempteurs de Mozart seront ravis, les autres risquent d’être, comment dire... révulsés.
Les illustrations des pochettes de présentation des disques, quand elles sont bien faites, éclaircissent à la perfection ce qui attend l’auditeur une fois la galette avalée par le lecteur. Conscient de l’attrait commercial qui en résulte, car le premier contact du client avec le produit se fait par ce biais, Deutsche Grammophon a toujours porté un soin évident à cette partie du livret. Photographié en plan rapproché au niveau de la taille, le pianiste Pierre-Laurent Aimard, enveloppé d’un vêtement sombre, la tête légèrement levée, les yeux portant au loin et le sourire léger et confiant, le pianiste détache sa silhouette sur un fond presque uniformément gris légèrement animé qui rappelle une porte métallique de garage. Une autre photo le prend cette fois à mi-corps, la main gauche soutenant une tête penchée aux yeux fermés, en une sorte de rappel à peine modifié de la posture du Penseur de Rodin.