Attirer l’attention par une œuvre pour piano seul, et aussi connue qu’Iberia d’Albeniz, relève de la gageure. C’est pourtant à cette tâche difficile que s’est attelé Albert Attenelle, après avoir produit sa propre édition critique d’après manuscrit de la Suite, travail pour lequel il obtint la médaille Albeniz de Camprodon (ville natale du compositeur). C’est dire si l’immersion du pianiste dans l’œuvre a été renouvelée avant qu’il n’en enregistre cette version ultime.
Avant de devenir le grand réformateur de l’opéra avec son Orfeo de 1762 - il avait lors 38 ans - Gluck avait été un compositeur des plus traditionnels, auteur d’une vingtaine d’opéras seria métastasiens qu’à vrai dire pas grand chose ne distingue de la production moyenne du temps. Mais il y a une justice : la plupart des œuvres de cette période sont aujourd’hui bien oubliées.
Au travers du label Lyrita, dont sont familiers les amateurs de musique britannique, on connaissait surtout Imogen Holst comme chef d’orchestre, par l’acharnement qu’elle mit à défendre l’œuvre trop souvent négligée de son père. On ignore en général qu’elle fut la secrétaire de Britten, qui lui demanda d’orchestrer sa cantate Rejoice in the Lamb dont ce disque offre le premier enregistrement mondial, et qu’elle fut jusqu’à la fin elle-même un compositeur, auteur nous dit la notice d’un « célèbre » quatuor à cordes en 1982. Le présent disque explore, souvent rejouées pour la première fois depuis leur création, ses œuvres chorales.
L’enregistrement effectué par Philippe Pierlot et son Ricercar Consort de la Passion selon Saint-Jean de Bach confirme l’acuité des lectures du violiste belge dans ce répertoire. Au delà des couleurs du temps qui poussent les ensembles baroques à revisiter le répertoire sacré du Cantor via une lecture « solistique », Philippe Pierlot tient ici un propos d’une cohérence et d’une beauté saisissantes.
Avec presque deux ans de retard, le label canadien WHRA nous offre la seule parution discographique célébrant le centenaire de la naissance de Samuel Barber et regroupant des enregistrements tous historiques, mais pour la plupart inédits, majoritairement des interprétations remontant à la création de versions originales qu’on n’imaginait parfois même pas exister. Ce coffret de huit CD est un cadeau du ciel, permettant de pénétrer au cœur du processus créatif ; mesurons la chance que nous avons de pouvoir l’acquérir, la distribution et la vente en étant prohibée sur le territoire des Etats-Unis. Même si le son parfois précaire ne convient pas forcément à une découverte, aucun passionné de Barber (en reste-t-il ?) ne peut résister à pareille aubaine.
Bien franchement : pouvez-vous donner le nom d’au moins deux compositeurs danois baroques, là-maintenant-tout de suite ? Vous séchez ? Rassurez-vous, rien là que de très normal. On pourrait s’en tirer par une pirouette, bûcher un peu et citer le passage de Buxtehude à Helsinborg puis Elseneur, les espoirs de Bruhns à sa succession, la fuite de Schütz à Copenhague au moment de la guerre de Trente ans. Mais à part cela, rien, le néant total de notre ignorance crasse, le vide des dictionnaires spécialisés.
Naxos achève son intégrale des quatuors d’Edmund Rubbra avec ce deuxième volume consacré aux Quatuors n° 1, 3 et 4. Loin d’être des premières mondiales on est étonné de découvrir qu’il s’agit en fait de la troisième intégrale disponible sur le marché. Force est de constater qu’en dépit de ces parutions multiples la musique de ce compositeur anglais, élève de Gustav Holst et Ralph Vaughan-Williams, reste toujours aussi confidentielle.
En 2009, Einojuhani Rautavaara pouvait s’enorgueillir d’un catalogue de douze concertos, le tout premier, comme le dernier enregistré ici étant un concerto pour violoncelle, cette clôture en boucle ne marquant guère un point final puisque ce deuxième concerto pour violoncelle est intitulé Vers l’horizon ce qui laisse supposer une curiosité pour le mystère de ce qui réside derrière cette dernière frontière qui comme chacun sait, demeure impossible à atteindre puisqu’elle recule à mesure qu’on avance.
Quoi de plus ingrat que des œuvres pour chœur d’enfants ? Un genre qu’on pensait réservé à la musique britannique, ou à des compositeurs spécialisés. L’étonnant est que cela passe sans grand agacement ni ennui ; pour en rendre compte de façon objective, il faudra néanmoins répéter un peu ce que nous dit la notice, ce disque, très bien interprété, étant pour nous d’un intérêt plus que secondaire, les œuvres les plus marquantes existant également (à part la Messe) dans des versions pour adultes.
Fondateur avec Alexandre Guilmant et Vincent d’Indy de la Schola Cantorum, Charles Bordes négligea sa propre musique, préférant publier des collections de chants basques et se consacrer à ses activités d’organiste et d’enseignant. Ainsi, celui que parmi ses élèves, César Franck considérait, à l’égal de Duparc, comme un génie, laisse une œuvre assez mince. C’est un événement de voir apparaître un disque consacré à ses mélodies sur des poèmes de Verlaine, surtout par des interprètes aussi merveilleux que Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou, accompagnés par François-René Duchâble qui demeure, quoiqu’il soit devenu rare de l’entendre, l’un des plus grands pianistes vivants.